Autour de Trump, Gary Cohn bien seul pour défendre le ...

Démocrates, républicains – Dehors, tous ! La peur et la haine aux primaires américaines (Juin 2016)

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Le Bolchévik nº 216 Juin 2016
Pour un parti ouvrier révolutionnaire multiracial !
L’article ci-dessous a été traduit de Workers Vanguard n° 1087, 8 avril.
Dans son livre l’Etat et la révolution, écrit en 1917, le dirigeant bolchévique Lénine décrivait ainsi le caractère frauduleux de la démocratie bourgeoise : « Décider périodiquement, pour un certain nombre d’années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l’essence véritable du parlementarisme bourgeois ». Les marxistes révolutionnaires s’opposent par principe à tout vote pour les républicains, les démocrates ou tout autre candidat bourgeois. En même temps, les primaires de cette année manifestent la colère et le désespoir qui s’accumulent depuis des dizaines d’années au bas de l’échelle sociale américaine.
La haine est profonde vis-à-vis de l’establishment politique des deux grands partis ; ils sont vus, à juste titre, comme les agents stipendiés des escrocs financiers de Wall Street et des grandes entreprises qui se goinfrent de profits et sont responsables de la ruine de millions de gens. Mais, par la faute avant tout de la bureaucratie syndicale procapitaliste, la colère des travailleurs ne s’exprime pas sous forme de lutte de classe contre la bourgeoisie. De ce fait, le mécontentement des gouvernés trouve à s’exprimer dans le soutien à des candidats bourgeois « anti-establishment ». Donald Trump, un magnat de l’immobilier milliardaire ouvertement raciste, domine jusqu’à présent les primaires républicaines. Personne n’avait prévu que Bernie Sanders, qui se proclame « socialiste démocratique », rendrait le second avènement de la dynastie Clinton aussi difficile.
Dans ce cirque électoral, Sanders est le seul candidat promettant du pain aux masses – gratuité des études, couverture médicale pour tous et salaire minimum de 15 dollars de l’heure. Cela rencontre un écho favorable notamment parmi les jeunes issus de la petite bourgeoisie blanche ainsi que chez les ouvriers blancs qui ont vu leur syndicat détruit, leur salaire rogné, leurs prestations sociales supprimées et tous les emplois correctement payés pratiquement disparaître. Les promesses de Sanders ne sont que du vent. Ce n’est que par la lutte de classe qu’on peut arracher de telles concessions à la bourgeoisie. Sanders a beau se faire traiter de « rouge », ce n’est pas un socialiste mais un politicien capitaliste. Cependant, dans cette société où le socialisme est depuis longtemps vilipendé comme une attaque contre « le mode de vie américain », le fait que Sanders ait du soutien chez les ouvriers blancs est indicatif de la colère qui monte dans la société.
L’establishment du Parti démocrate tolère les rodomontades de Sanders, qui affirme être à la tête d’« une révolution politique contre la classe des milliardaires ». Cet homme est depuis longtemps au service des intérêts de la classe dirigeante. Il a notamment soutenu les guerres, les occupations et autres aventures militaires sanglantes de l’impérialisme américain qui ont dévasté des pays entiers aux quatre coins du monde (voir notre article « Bernie Sanders : homme de paille de l’impérialisme », Workers Vanguard n° 1083, 12 février). Non seulement il est candidat à l’investiture d’un parti qui, tout autant que les républicains, représente les intérêts de la bourgeoisie, mais en plus il aide à redorer le blason des démocrates comme « parti du peuple ». En outre, il s’est engagé à soutenir le candidat qui sera désigné par le Parti démocrate, vraisemblablement Hillary Clinton. Celle-ci, pour sa part, fait le plein du vote des Noirs : la crainte d’une victoire républicaine, amplifiée par le spectacle des fascistes qui grouillent autour de Trump, pousse les Noirs encore davantage vers les démocrates – qui étaient autrefois le parti des esclavagistes et de la ségrégation raciale.
Côté républicain, l’establishment du parti est en train de dépenser des millions de dollars en spots publicitaires pour attaquer non pas les démocrates, mais le candidat en tête de course pour leur propre parti. D’anciens candidats républicains sortent de leur retraite pour dénoncer les vomissements racistes anti-immigrés de Trump et son sexisme révoltant. C’est là le comble de l’hypocrisie : ces gens disaient aux « immigrés clandestins » de « s’auto-expulser », traitaient les travailleurs et les pauvres de « pique-assiette » osant vouloir se soigner, se nourrir et se loger, et ils n’ont pas cessé de rogner tous les acquis du mouvement des droits civiques, brandissant la Bible en toute occasion et vouant aux gémonies les femmes devant avorter, les homosexuels et autres « pervers ».
Trump dit simplement tout haut ce que les dirigeants du Parti républicain défendent depuis des années. Ce qui les gêne, c’est que Trump ne respecte pas les règles du jeu décidées par les élites du parti. Pour ces gens-là, attiser la réaction raciste est un outil de mobilisation idéologique pour dépouiller encore plus la classe ouvrière et les pauvres en sabrant dans ce qui reste des programmes sociaux. Trump déclare qu’il ne touchera pas à la Sécurité sociale ni à Medicare [la couverture des soins médicaux pour les personnes âgées et les handicapés]. Ce démagogue réactionnaire est capable de dire et faire tout et n’importe quoi. Il prétend qu’il va faire revenir les emplois industriels aux Etats-Unis grâce à une variante particulièrement raciste du protectionnisme classique pour « sauver les emplois américains », une promesse populaire chez les travailleurs blancs pauvres. De son côté, la direction du Parti républicain n’apprécie pas que Trump excite ainsi les chômeurs et déshérités et mette en péril les profits que l’impérialisme américain tire des accords de « libre-échange » qui lui permettent de saigner à blanc le monde néocolonial.
Pour les dirigeants républicains, Trump aggrave son cas en reprenant à son compte le slogan de Ronald Reagan, le saint patron du parti : « Restaurer la grandeur de l’Amérique. » Reagan s’était hissé à la Maison Blanche en exploitant habilement un retour de bâton raciste chez les Blancs contre les programmes sociaux, considérés comme trop favorables aux Noirs pauvres des ghettos. La carte raciale fut alors utilisée, comme elle l’a toujours été par la classe dirigeante américaine, pour intensifier et aggraver l’exploitation de la classe ouvrière tout entière. Aujourd’hui, la paupérisation qui avait été infligée d’abord aux Noirs dans la classe ouvrière et la population déshéritée devient de plus en plus la réalité de beaucoup de Blancs, ouvriers et pauvres.
Dans les années 1990, le livre de l’idéologue raciste Charles Murray The Bell Curve imputait la misère des pauvres des ghettos à l’« infériorité génétique » des Noirs. En 2012, son livre Coming apart : The State of White America, 1960-2010 expliquait que la paupérisation des Blancs défavorisés était due à un manque de valeurs familiales et morales. Cette arrogance de classe s’exprimait plus crûment encore dans l’article d’un certain Kevin D. Williamson publié récemment dans la très réactionnaire National Review (28 mars), « Chaos dans la famille, chaos dans l’Etat : les dysfonctionnements de la classe ouvrière blanche » :
« Il ne leur est rien arrivé. Il n’y a pas eu quelque affreux désastre. Il n’y a eu ni guerre, ni famine, ni peste, ni occupation étrangère. Même les changements économiques survenus ces dernières décennies ne suffisent pas à expliquer les dysfonctionnements et la négligence – et la malveillance incompréhensible – de l’Amérique blanche pauvre […].
« La vérité, c’est que ces populations dysfonctionnelles et déshéritées méritent de mourir. Economiquement, elles sont un fardeau. Moralement, elles sont indéfendables. »
La libération des travailleurs de l’esclavage salarié ne pourra se réaliser sans que le prolétariat prenne fait et cause pour la libération des Noirs, qui elle-même requiert de mettre à bas ce système capitaliste raciste par une révolution socialiste. Dans le Livre premier du Capital (1867), Karl Marx avait saisi le secret de la société capitaliste américaine : « Le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri. » Notre objectif aujourd’hui, en tant que marxistes, est de permettre que la colère et le mécontentement bouillonnants des masses laborieuses se traduisent en l’idée consciente que la classe ouvrière doit avoir son propre parti : non pas un moyen électoral pour chercher à gérer l’Etat capitaliste, mais un parti qui défendra la cause de tous les exploités et de tous les opprimés et luttera pour le pouvoir ouvrier.
Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre
Si le Parti républicain a tout de l’asile de fous, c’est simplement qu’il reflète la dangereuse irrationalité de l’impérialisme américain. Après avoir mené à bien en 1991-1992 la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique – qui était le produit de la première et unique révolution prolétarienne victorieuse – les capitalistes américains se sont comportés comme s’ils étaient les maîtres incontestés du monde. Sous les administrations républicaines ou démocrates, ils ont usé et abusé de leur puissance militaire aux quatre coins du monde. Mais la litanie sans fin des guerres de l’impérialisme américain n’a en rien pu enrayer le déclin de sa puissance économique.
« Il faut stopper Trump », a déclaré un ancien conseiller en politique étrangère de l’administration Bush, ajoutant que Trump « inquiète nos alliés en Amérique centrale, en Europe, en Extrême-Orient et au Moyen-Orient ». En dénonçant l’invasion de l’Irak décidée par George W. Bush, Trump s’est mis à dos les « néoconservateurs » qui avaient été les architectes de cette guerre. En conclusion d’un billet hostile à Trump publié dans le Washington Post du 25 février, le néoconservateur Robert Kagan écrivait ainsi : « Pour l’ex-républicain que je suis, et peut-être pour d’autres, le seul choix sera de voter pour Hillary Clinton. » Pourquoi pas ? Elle a des références en or, en tant que « faucon » de l’impérialisme américain.
Beaucoup de gens, y compris des républicains qui tiennent une rubrique dans le New York Times, se demandent si Donald Trump « est un fasciste ». D’autres font un parallèle entre sa candidature et la fin de la République de Weimar avec la montée des nazis de Hitler en Allemagne. Mais les nazis s’étaient développés sur un autre terreau, celui d’une puissance impérialiste vaincue pendant la Première Guerre mondiale. Les nazis devinrent un mouvement de masse au début des années 1930 en exploitant le mécontentement d’une petite bourgeoisie de plus en plus paupérisée. Quand la direction du parti communiste et celle du parti socialiste, deux partis qui avaient plusieurs millions de membres, se révélèrent incapables de tenter de renverser l’ordre capitaliste décadent en Allemagne, la bourgeoisie discréditée lâcha la bride aux nazis pour préserver sa domination en écrasant le mouvement ouvrier ; ce faisant, elle ouvrit la voie à l’épouvantable barbarie de l’Holocauste.
Les Etats-Unis ne sont pas un pays impérialiste vaincu ; ils restent au contraire « la seule superpuissance mondiale », avec une puissance militaire plusieurs fois supérieure à la somme de celles de leurs rivaux impérialistes. La classe dirigeante américaine n’est pas non plus menacée par sa classe ouvrière sur le front intérieur. Au contraire, par la faute des traîtres à la tête des bataillons de plus en plus réduits du mouvement syndical, la bourgeoisie américaine gagne jusqu’ici la guerre qu’elle mène depuis des dizaines d’années contre le mouvement ouvrier.
Trump n’est pas un fasciste ; la voie qu’il a l’intention de suivre pour arriver au pouvoir ne se situe pas en dehors du cadre électoral. Mais il y a pourtant de quoi craindre les brutes chauvines et anti-immigrés que ses meetings électoraux excitent jusqu’au délire ; ces meetings provoquent contre lui des manifestations racialement intégrées dans tout le pays. Les manifestants contre les meetings de Trump ont été la cible d’agressions, et des Noirs qui y participaient ont été conspués aux cris de « retournez en Afrique ». Le Ku Klux Klan et autres groupes fascistes sortent de leurs trous à rats. David Duke, ex-« grand sorcier » du Klan, déclare que « voter contre Donald Trump en ce moment, c’est vraiment trahir son héritage ».
Dans les années 1980, le racisme officiel émanant de la Maison Blanche de Reagan avait de même encouragé le Klan et les nazis. Quand ceux-ci avaient essayé d’organiser des rassemblements pour la terreur raciste dans un certain nombre de grandes villes, nous avions appelé à des mobilisations de masse du mouvement ouvrier organisé et des minorités pour les stopper. A Chicago, à Washington, à Philadelphie et ailleurs, ils avaient été stoppés par des rassemblements de milliers de personnes, basés sur la puissance sociale des syndicats multiraciaux mobilisant derrière eux la population pauvre des ghettos noirs, les immigrés et toutes les victimes désignées de la terreur fasciste. A une échelle réduite, ces mobilisations illustraient le rôle du parti ouvrier révolutionnaire que nous cherchons à construire.
La peste ou le choléra pour les ouvriers et les Noirs
Si un nombre significatif de travailleurs blancs soutiennent un homme dont la phrase favorite était jadis « vous êtes viré », la responsabilité en incombe sans ambiguïté à la bureaucratie syndicale procapitaliste. Trump a acquis cette popularité en faisant sien le slogan protectionniste « l’Amérique d’abord » des dirigeants traîtres de la fédération syndicale AFL-CIO. Sous cet étendard, les charlatans syndicaux n’ont fait qu’abandonner les uns après les autres les acquis remportés par des luttes combatives des travailleurs – noirs, blancs et immigrés.
Afin d’augmenter leurs profits, les capitalistes iront toujours là où la main-d’œuvre est moins chère. Mais prendre les travailleurs étrangers comme bouc émissaire pour les suppressions d’emplois aux Etats-Unis, c’est une réponse réactionnaire. Le protectionnisme renforce les illusions dans le capitalisme américain. Il rend plus difficiles les luttes à venir en corrompant la pensée des travailleurs et en minant la solidarité avec leurs alliés de classe potentiels en Chine, au Mexique et ailleurs. Le protectionnisme fait rentrer dans la tête des travailleurs l’idée fausse qu’il n’est aucunement en leur pouvoir d’améliorer leur situation matérielle et que celle-ci ne dépend pas de leur capacité à s’organiser et à lutter, mais qu’il faut au contraire s’en remettre à un sauveur bourgeois.
Bernie Sanders et Donald Trump jouent tous deux la même carte du nationalisme économique. Mais alors que Sanders appelle à « l’unité », à l’opposé du racisme xénophobe de Trump, les meetings de ce dernier ne sont qu’un reflet exacerbé du chauvinisme contenu dans le mot d’ordre « sauver les emplois américains » de la concurrence étrangère. Pour que les syndicats soient des instruments de lutte contre les patrons, il faut qu’ils reprennent à leur compte le combat pour les droits des immigrés, qu’ils exigent l’arrêt des expulsions et qu’ils inscrivent sur leur drapeau le mot d’ordre des pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés. En luttant pour ces revendications, on favorisera une lutte commune des travailleurs américains et de leurs alliés, les ouvriers du monde entier.
Aujourd’hui, le mécontentement de beaucoup de travailleurs est canalisé vers la campagne de Trump ou vers celle de Sanders. Mais la colère des travailleurs s’est aussi exprimée dans une volonté de se battre contre l’offensive des capitalistes – un sentiment maintes fois dévoyé par les dirigeants syndicaux traîtres. En 2015, de jeunes ouvriers de l’automobile, dont beaucoup de Noirs, étaient prêts à faire grève contre le système honni des statuts à deux vitesses, qui renforce les divisions entre ouvriers. Ils avaient pour ce faire un soutien considérable des ouvriers plus âgés (noirs comme blancs), ce qui montrait le potentiel pour l’unité de classe au-delà des clivages raciaux. Mais les pontes de l’United Auto Workers [le syndicat de l’automobile] les ont contraints d’accepter une convention collective pourrie avec les trusts de l’automobile de Detroit, convention qui en réalité étendait le système des statuts à deux vitesses.
En 2011, une combativité similaire s’était aussi manifestée clairement dans le Wisconsin, où le gouverneur républicain Scott Walker avait lancé une offensive menaçant l’existence même des syndicats dans la fonction publique. Des milliers de travailleurs avaient occupé la rotonde du Capitole du Wisconsin et les manifestations contre ce projet avaient rassemblé plus de 100 000 personnes. Malgré la combativité des travailleurs, les bureaucrates syndicaux firent en sorte qu’aucune grève n’ait lieu et ils canalisèrent la colère des travailleurs vers une stratégie perdante de révoquer le gouverneur.
Résultat : la déconfiture d’un mouvement syndical déjà en déclin. En 2011, plus de 50 % des fonctionnaires du Wisconsin étaient syndiqués ; en 2015, le taux de syndicalisation avait dégringolé à 26 %. Dans l’Indiana, des attaques similaires ont abouti à la disparition quasi-totale des syndicats dans la fonction publique. Et en 2015 le Wisconsin est devenu, après l’Indiana, le Michigan et 22 autres Etats, un Etat où prévaut le « droit de travailler » [c’est-à-dire où l’employeur n’est plus tenu de n’embaucher que des personnes syndiquées]. Le Wisconsin est un exemple flagrant de la faillite de la bureaucratie syndicale et de sa stratégie de faire confiance aux démocrates. C’est ce genre de défaite qui pave la voie à des réactionnaires comme Trump et leur permet de se présenter en défenseurs des intérêts des travailleurs.
Depuis le vote de la loi sur les droits civiques en 1964, le Parti républicain a pour stratégie de s’adresser aux travailleurs blancs sur une base raciste, avec un certain succès ; il affirme mensongèrement que ces travailleurs pâtiraient des avantages sociaux accordés à leurs dépens aux Noirs et à d’autres minorités par l’establishment progressiste. La caractéristique essentielle et persistante du capitalisme américain est l’oppression structurelle de la population noire, qui constitue une caste raciale basée sur la couleur de peau. La majorité des Noirs subissent une ségrégation qui les maintient au bas de l’échelle sociale. Dans la mesure où ils dissimulent la division de classe fondamentale entre les capitalistes (qui possèdent les moyens de production) et la classe ouvrière (qui doit vendre sa force de travail pour survivre), le racisme et l’idéologie de la suprématie blanche ont pour effet d’enchaîner les travailleurs blancs à leurs exploiteurs capitalistes sur la base de l’illusion qu’ils partageraient un intérêt commun du fait de la couleur de leur peau.
Lors des primaires démocrates, les Noirs votent à une écrasante majorité pour Hillary Clinton car ils la considèrent comme la meilleure option pour battre les croquemitaines républicains en novembre prochain. Mais en fait, pendant son affrontement avec Obama en 2008, Hillary Clinton avait joué ouvertement la carte du racisme anti-Noirs en déclarant qu’Obama ne pourrait pas gagner le soutien des « Américains qui travaillent dur, des Américains blancs ». Aujourd’hui, elle se présente comme la gardienne de l’héritage d’Obama, tout en cherchant à profiter de la popularité de son mari Bill Clinton dans la population noire.
Pendant son mandat, Bill Clinton a probablement fait davantage de tort aux Noirs que tout autre président américain depuis la Deuxième Guerre mondiale. Pendant la campagne électorale de 1992, il avait pris l’avion pour revenir en Arkansas présider à l’exécution de Ricky Ray Rector, un handicapé mental noir. Devenu président, il a démantelé « l’Etat-providence tel qu’on le connaît » et il a considérablement accru les pouvoirs de l’Etat, y compris pour arrêter et emprisonner les jeunes Noirs. Ceci avec le soutien d’Hillary, qui traitait les jeunes Noirs des ghettos de « super-prédateurs ». En même temps, Bill Clinton fut le premier président à avoir des amis noirs et à fréquenter des Noirs ouvertement et sans aucune gêne. Le fait que ces gestes symboliques lui aient valu le soutien de beaucoup de Noirs (malgré son horrible bilan) en dit long sur l’intensité de la réaction raciste en Amérique.
Avec l’élection de Barack Obama en 2008, les attentes étaient fortes dans la population noire. Et même si celles-ci se sont dissipées, il demeure parmi les Noirs un fort sentiment de solidarité raciale avec Obama. Ce sentiment a été renforcé par près de huit ans d’attaques de la part des élus républicains au Congrès, amplifiées par les militants « tea party » et ceux qui voulaient faire destituer Obama parce qu’il n’est pas né sur le sol américain. Mais la vérité, c’est que les Noirs n’ont rien gagné sous sa présidence, pendant laquelle le chômage a explosé parmi eux, les salaires ont stagné et le patrimoine médian s’est effondré. Pendant ce temps, les Noirs continuent à se faire descendre par des flics racistes.
Contrairement à ce qu’argumentent certains commentateurs noirs, cet état de choses n’est pas dû au fait qu’Obama serait tenu en otage par les républicains. Il est certain que leurs attaques incessantes contre lui sont motivées principalement par le racisme. Mais le président noir est depuis le début un démocrate à la solde de Wall Street. On en a vu la preuve peu après son entrée en fonction. Obama avait rencontré en mars 2009 des aigrefins de la haute finance et leur avait déclaré que son « administration est la seule chose qui existe entre vous et la jacquerie », avant d’ajouter : « Je ne suis pas là pour m’en prendre à vous. Je vous protège. » Et il a tenu parole, avec l’aide capable de ses lieutenants ouvriers dans la bureaucratie syndicale qui ont sacrifié l’emploi, le salaire et les conditions de travail de leurs adhérents pour préserver les profits du capitalisme américain.
Les Noirs demeurent la couche de la population qui a la conscience la plus aiguë de la nature malfaisante de l’Amérique raciste. En même temps, ils sont liés au Parti démocrate et vont en majorité continuer à le soutenir aussi longtemps qu’aucune alternative ne se présentera. La clé pour sortir de cette impasse, c’est de forger cette alternative.
Les travailleurs doivent avoir leur propre parti
Il y a des millions de chômeurs et de gens qui peinent à joindre les deux bouts avec un emploi à temps partiel ou précaire payé une misère ; il y a ceux qui se font expulser de leur logement et qui dépendent de l’aide alimentaire parce que leur retraite et leur couverture santé ont été sabrées. L’urgence, c’est de construire un parti ouvrier avec l’idée maîtresse que les travailleurs n’ont aucun intérêt commun avec les patrons. Un tel parti devra rassembler les salariés et les chômeurs, les pauvres des ghettos et les immigrés, afin de lutter pour des emplois et des conditions de vie décentes pour tous. La puissance nécessaire pour mener à bien cette lutte est entre les mains des hommes et des femmes – noirs, blancs et immigrés – dont le travail fait tourner la machine de la production et crée les richesses qui leur sont dérobées par les profiteurs capitalistes.
Le Programme de transition, écrit par Léon Trotsky en 1938, constituait le document de fondation de la Quatrième Internationale. Il avançait une série de revendications répondant à la catastrophe à laquelle la classe ouvrière était confrontée en plein milieu de la récession des années 1930. L’objectif de ces revendications était d’armer les travailleurs de l’idée que la seule réponse était la conquête du pouvoir par le prolétariat. Pour lutter contre le fléau du chômage, le Programme de transition revendiquait l’unité des salariés et des chômeurs dans la lutte pour une diminution de la semaine de travail, sans perte de salaire, afin de répartir le travail disponible entre toutes les mains, ainsi qu’une échelle mobile des salaires pour suivre l’augmentation du coût de la vie. Il réclamait un programme massif de travaux publics, avec des salaires payés au tarif syndical. Tout le monde doit avoir accès à un logement et aux services publics nécessaires à des conditions de vie décentes, ainsi que l’accès gratuit aux soins médicaux et à l’éducation. Les allocations chômage doivent être prolongées jusqu’à ce que le chômeur retrouve un emploi, et les retraites doivent être garanties intégralement par le gouvernement. Seule une lutte pour ces revendications peut répondre à la situation terriblement dégradée qui est aujourd’hui celle des travailleurs.
Comme l’expliquait Trotsky, qui avec Lénine avait été un des dirigeants de la Révolution russe de 1917 :
« Les propriétaires et leurs avocats démontreront l’“impossibilité de réaliser” ces revendications. Les capitalistes de moindre taille, surtout ceux qui marchent à la ruine, invoqueront, en outre, leur livre de comptes. Les ouvriers rejetteront catégoriquement ces arguments et ces références. Il ne s’agit pas du heurt “normal” d’intérêts matériels opposés. Il s’agit de préserver le prolétariat de la déchéance, de la démoralisation et de la ruine. Il s’agit de la vie et de la mort de la seule classe créatrice et progressive et, par là même, de l’avenir de l’humanité. Si le capitalisme est incapable de satisfaire les revendications qui surgissent infailliblement des maux qu’il a lui-même engendrés, qu’il périsse ! La “possibilité” ou l’“impossibilité” de réaliser les revendications est, dans le cas présent, une question de rapport des forces, qui ne peut être résolue que par la lutte. Sur la base de cette lutte, quels que soient ses succès pratiques immédiats, les ouvriers comprendront mieux que tout la nécessité de liquider l’esclavage capitaliste. »
Une nouvelle vague de batailles de classe jettera les bases pour régénérer et renforcer les syndicats, chasser les dirigeants traîtres actuels et les remplacer par une nouvelle direction lutte de classe. Pour que les travailleurs aient le dessus face à leurs exploiteurs, ils doivent être armés d’un programme politique marxiste qui fasse le lien entre les luttes des travailleurs et le combat pour construire un parti ouvrier révolutionnaire multiracial. C’est un parti de ce type qui pourra diriger la lutte pour détruire l’Etat capitaliste par une révolution socialiste et pour instaurer un Etat ouvrier où ceux qui travaillent gouverneront.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/216/uselex.html
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Il faut défendre l’Etat ouvrier déformé chinois ! Pour la révolution politique prolétarienne ! Les « réformes de marché » en Chine (Part 2) (2006)

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Les dangers qui pèsent sur la Chine
En affirmant que la Chine est toujours un Etat ouvrier déformé, nous ne cherchons pas à nier ou à minimiser le poids social croissant à la fois des nouveaux entrepreneurs capitalistes en Chine continentale et de la vieille bourgeoisie chinoise expatriée à Taïwan ou ailleurs. La politique économique du régime stalinien de Pékin renforce de plus en plus les forces sociales qui donneront naissance à des factions et des partis soutenus par l’impérialisme et qui deviendront ouvertement contre-révolutionnaires quand le PCC ne pourra plus maintenir son monopole actuel du pouvoir politique.
Essayant de refaire ce qui s’est passé pour la destruction contre-révolutionnaire de l’URSS dans les années 1991-1992, les impérialistes cherchent à promouvoir une opposition politique en Chine qui s’appuierait principalement sur la nouvelle classe d’entrepreneurs capitalistes, sur des éléments de la bureaucratie et la couche de managers, de membres des professions libérales et de technocrates qui est liée au capital local et étranger. En même temps, les impérialistes (en particulier américains) font monter la pression militaire sur la Chine. Ils essaient par exemple d’encercler la Chine avec des bases militaires, comme en Asie centrale. Ils ont passé un accord de défense du bastion capitaliste offshore qu’est Taïwan avec le Japon et viennent de mettre en place un commandement intégré contre la Chine avec l’armée japonaise à Yokohama. Contrairement à l’Iran, l’Inde n’a pas signé le fameux « traité de non-prolifération nucléaire », et l’autorisation que les USA lui ont donnée de développer l’arme nucléaire est clairement pour faire pression sur la Chine. Le Pentagone développe activement ses projets visant à se doter d’une capacité de première frappe nucléaire efficace contre l’arsenal nucléaire limité de la Chine.
La question de la défense militaire inconditionnelle de la Chine contre les impérialistes n’est donc pas une question théorique seulement. C’est une question très concrète qui se pose quotidiennement au prolétariat international. Certes ici, en Europe, cela se remarque beaucoup moins car les pressions militaires de l’Europe (ou de la France) sont plus faibles dans la mesure où les impérialistes européens n’ont que des moyens militaires limités au niveau international pour intervenir dans le Pacifique (ce qui ne les empêche pas bien sûr d’envoyer des troupes à l’étranger dans leurs ex-colonies en Afrique ainsi qu’en Afghanistan, dans les Balkans, etc.). Face à de telles menaces, il est vital que la Chine modernise son armement. Face aux milliers de têtes nucléaires dont disposent les impérialistes, le développement de son armement nucléaire est aussi le seul moyen de les tenir sérieusement en respect. Mais la politique de la bureaucratie stalinienne, en affaiblissant le système de propriété nationalisée en Chine et en recherchant la conciliation avec l’impérialisme au niveau international, met en danger cette défense.
Les complices pro-impérialistes de la contre-révolution
Par rapport aux nombreux groupes qui se prétendent frauduleusement trotskystes ou influencés par le trotskysme et qui proclament que la « voie capitaliste » a triomphé de façon décisive en Chine, on peut dire globalement que, si c’était vrai, cela remettrait en question la nécessité et le caractère progressiste de la révolution prolétarienne dans les pays capitalistes ainsi que celle du pouvoir ouvrier. Car la Chine telle qu’elle existe aujourd’hui aurait un système capitaliste qui garantit la croissance rapide et ininterrompue des forces productives sans contractions cycliques (alors que, pour les marxistes, celles-ci sont inhérentes au capitalisme). En effet, depuis une vingtaine d’années, le taux de croissance de l’économie chinoise se situe entre 7 et 9 % par an, un rythme avec lequel les grandes puissances impérialistes ne peuvent rivaliser. Le poste le plus important des dépenses gouvernementales, et celui qui augmente le plus vite, se situe dans les investissements au niveau des infrastructures à un moment où le monde capitaliste tout entier s’adonne à l’austérité budgétaire. La Chine a traversé avec succès la crise financière asiatique de 1997-1998, puis la récession générale du monde capitaliste qui a suivi.
Le véritable objectif de ces réformistes, lorsqu’ils proclament que la Chine est déjà capitaliste, c’est de se donner une justification pour leur soutien aux forces anticommunistes pro-impérialistes à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, au nom de la promotion de la « démocratie » bourgeoise, tout comme ils avaient soutenu la contre-révolution « démocratique » de Boris Eltsine en URSS en 1991. Une minorité dans la direction du CIO de Peter Taaffe, auquel appartient la Gauche révolutionnaire en France, argumente au moins depuis 1998 pour que le CIO reconnaisse que la Chine est capitaliste, et elle a eu gain de cause récemment apparemment. Ils écrivent dans une brochure disponible sur leur site Internet Chinaworker : « Cela […] détermine quelle attitude le CIO, et au-delà de nous une partie importante du mouvement ouvrier international, doit adopter à l’égard du régime de Pékin. C’est un point de référence vital pour élaborer des perspectives pour l’avenir, par exemple lors de conflits internationaux, notamment dans le cas de Taïwan. […] En Chine, un régime que l’on pourrait décrire très bien comme nationaliste bourgeois s’est mis en place, qui joue un rôle de plus en plus impérialiste. Bien sûr il est impossible de parler d’impérialisme […] à moins qu’on accepte que le caractère de classe du régime chinois a changé. » Voilà qui a le mérite d’être explicite sur les motivations. Face aux possibilités grandissantes de conflit militaire, en particulier autour de Taïwan, les taaffistes ont changé de position pour se retrouver à défendre Taïwan contre les « impérialistes » chinois.
Taïwan est ethniquement, linguistiquement et historiquement chinois. Le 13 mars 2005, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan nous écrivions :
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
– cité dans le Bolchévik n° 172, juin 2005
On peut comparer avec Taaffe, le dirigeant du CIO, qui a écrit un article fin 2005 pour insister sur les droits « démocratiques » de Taïwan face à la Chine, ceci juste après que les militaires américains et japonais avaient signé leur accord dont je viens de parler. Taaffe écrit : « Néanmoins le régime chinois est une dictature. De plus, du point de vue des masses taïwanaises, celles-ci ne voudraient pas se mettre sous son contrôle, préférant les droits démocratiques, mêmes limités, dont elles bénéficient avec le régime démocratique bourgeois, ce qu’est le régime de Taïwan. » Les forces du CIO de Taaffe étaient littéralement sur les barricades d’Eltsine en Russie, avec le reste de la racaille contre-révolutionnaire en août 1991 ; ils ont directement pris part à la dévastation d’ordre historique qui a suivi la restauration capitaliste menée au nom de la « démocratie ». Nous avons au contraire lutté pour mobiliser la classe ouvrière soviétique pour balayer les barricades d’Eltsine et lutter pour une révolution politique prolétarienne. Et donc ici, sur la Chine, il n’est pas surprenant que les taaffistes continuent de semer les pires illusions dans le système capitaliste et la démocratie bourgeoise parlementaire. Taaffe déclare sans ambiguïté que le CIO sera à nouveau du côté des forces impérialistes et de leurs valets dans toute confrontation militaire avec la Chine.
La pénétration capitaliste en Chine
Les justifications pour affirmer que la Chine est déjà capitaliste sont basées sur le fait qu’il y a des capitalistes en Chine, que les entreprises d’Etat ont été restructurées, sur le fait que la propriété privée a été reconnue officiellement par le PCC, qu’il y a des Bourses, etc. Nous ne définissons pas la nature de classe de l’Etat, comme le font les réformistes, par le pourcentage de l’industrie nationalisée, par le nombre de services sociaux, d’éducation ou de santé gérés par l’Etat, mais à la lumière de l’élément déterminant qu’a été le renversement de l’Etat bourgeois chinois en 1949 et du fait que le capitalisme a été exproprié et l’Etat continue fondamentalement de défendre ces formes de propriété sociale.
Un élément clé pour nous, quand nous caractérisons la nature de classe maintenue de l’Etat ouvrier déformé chinois, c’est que la base du pouvoir politique de la bureaucratie stalinienne de Pékin continue de se trouver dans le noyau des secteurs collectivisés de l’économie chinoise. Aujourd’hui en Chine ils constituent le cœur de l’économie et ils continuent à dominer, même si ce n’est pas d’une manière particulièrement stable ou cohérente. En 2003, les entreprises d’Etat et celles contrôlées par le parti (sociétés par actions) employaient la moitié des ouvriers et employés chinois, et représentaient 57 % du produit industriel brut (McKinsey Quarterly, 2004).
Mais cette simple statistique masque la place stratégique de l’industrie d’Etat. Le secteur privé (incluant les entreprises étrangères) est constitué principalement d’industries légères utilisant beaucoup de main-d’œuvre et peu d’équipements lourds. L’industrie lourde, les secteurs de haute technologie, la production d’acier, des métaux non ferreux et des machines outils, les télécommunications, la production d’électricité, l’extraction pétrolière et gazière, le raffinage, les armements modernes, tout cela est essentiellement concentré dans les entreprises d’Etat.
Bien sûr, si la bureaucratie continue à préserver la propriété d’Etat, ce n’est pas parce qu’elle s’identifie subjectivement avec le socialisme, mais, comme l’écrivait Trotsky, seulement « par crainte du prolétariat ». Car la politique économique du régime du PCC est toujours contrainte par la terreur d’une agitation sociale – en particulier ouvrière, étant donné la taille et la puissance de la classe ouvrière – qui pourrait renverser son régime parasitaire. Les massacres perpétrés le 4 juin 1989 dans les quartiers ouvriers de Pékin ont été déclenchés par la bureaucratie quand la classe ouvrière chinoise a commencé à se mobiliser. Au début, les manifestations n’étaient qu’une agitation étudiante pour la libéralisation politique et contre la corruption. Quand les premières unités militaires ont été envoyées pour écraser les manifestations, elles ont au lieu de cela commencé à sympathiser avec elles. Puis des millions de personnes sont entrées en mouvement, avec au centre la classe ouvrière. Elle a commencé à se réunir en AG de masse, voire à créer un embryon d’organisation, de conseils ouvriers. C’est la possibilité que la classe ouvrière entre en scène qui a terrifié la bureaucratie et a amené la sanglante répression.
Comme nous le disons dans le Bolchévik (juin) à propos de la vague actuelle de mécontentement et de protestations contre les réformes du « socialisme de marché » :
« Cette agitation a provoqué, dans de nombreux forums et réunions organisés par le Parti communiste chinois (PCC), des débats entre les dirigeants de la bureaucratie qui veulent que l’“ouverture” économique se poursuive au même rythme, les “néo-marxistes” qui veulent que l’Etat intervienne davantage pour limiter les ravages des “réformes de marché”, et les “conservateurs” maoïstes qui cherchent à revenir à une économie bureaucratiquement planifiée. Le mois dernier une controverse a éclaté au cours d’une séance de l’organe législatif, l’Assemblée nationale populaire, autour d’une proposition de loi visant à protéger la propriété privée, qui a été finalement retirée. »
La Gauche révolutionnaire ou les pablistes de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) argumentent que le PCC agit maintenant comme un parti bourgeois parce qu’ils ont reconnu le droit à la propriété privée, que des entrepreneurs peuvent être membres du PCC, etc. Le CIO-GR considère que la Chine serait devenue capitaliste en 1992 (c’était « hybride » – c’est ce qu’ils disent – entre la fin des années 1980 et 1992). Mais aucun des faits qu’ils avancent pour ce changement ne correspond à cette date de 1992. La propriété privée, les Bourses, les entrepreneurs dans le PCC, tout cela s’est produit bien avant ou après. Les facteurs avancés dans la brochure sont … la destruction de l’URSS venant après les événements de Tiananmen : « le régime n’a pas vu d’autre alternative que de terminer la transition vers le capitalisme. »
Trotsky argumentait que ceux qui cherchaient à prouver que l’URSS (dans les années 1930) était capitaliste en fait déroulaient le fil du réformisme à l’envers. Les réformistes, ici, dans les pays capitalistes, expliquent qu’on peut changer la nature de l’Etat par des élections et une lutte parlementaire, ou par des pressions sur le parlement ou le gouvernement capitalistes. Le fil du réformisme à l’envers, c’est d’appliquer ce même réformisme à l’Etat ouvrier, c’est-à-dire que la nature de l’Etat ouvrier pourrait changer par simple décret ou lors d’un vote à un congrès. Il n’y a pas de lutte acharnée entre la classe ouvrière et les paysans et les contre-révolutionnaires, dans un sens ou dans l’autre. Le CIO-GR montre ici un magnifique exemple de ce « réformisme à l’envers » quand ils disent : « Le régime n’a pas vu d’autre alternative » et voilà, l’Etat a changé de nature.
Regardons d’un peu plus près l’économie de l’Etat ouvrier déformé chinois, ce qui est un devoir pour des marxistes sérieux qui le défendent.
Les banques. Un des moyens pour maintenir le contrôle de l’économie entre les mains de l’Etat c’est les banques. Les quatre plus grandes banques de Chine sont propriété d’Etat. Presque toute l’épargne des ménages – estimée à mille milliards de dollars – et tous les surplus générés en dehors des secteurs dont les propriétaires sont étrangers sont déposés dans ces quatre principales banques. Le contrôle exercé par le gouvernement sur le système financier est un élément crucial pour maintenir et augmenter la production dans l’industrie d’Etat et pour le développement global du secteur d’Etat. Le maintien dans le giron de l’Etat du système financier a jusqu’à présent permis au régime de Pékin de contrôler effectivement les flux de capitaux financiers en entrée et en sortie de la Chine continentale. La monnaie chinoise n’est pas librement convertible ; elle n’est pas échangeable (légalement) sur les marchés internationaux des devises. La convertibilité restreinte du yuan a protégé la Chine des mouvements volatiles des capitaux à court terme qui dévastent périodiquement les économies des pays néocoloniaux du tiers-monde, de l’Amérique latine à l’Extrême-Orient. Même si le yuan a été légèrement réévalué depuis l’année dernière, le régime de Pékin le maintient largement sous-évalué (selon les critères du « marché libre »), au grand déplaisir des capitalistes américains, japonais et européens.
Derrière la pression actuellement exercée tant sur le yuan que sur les banques par les bourgeoisies américaine, européennes et japonaise, se profile une attaque plus fondamentale contre le système financier étatisé chinois. Les impérialistes veulent forcer le régime de Pékin à rendre le yuan totalement convertible, afin d’ouvrir sans restriction la Chine à la pénétration financière des banques de Wall Street, de Francfort et de Tokyo, ce qui serait un danger mortel.
Le secteur privé. Le contrôle exercé par le gouvernement sur les banques et le système financier permet de contrôler le secteur privé. En Chine, depuis une vingtaine d’années, une large part de l’industrie d’Etat – aussi bien en termes de nombre d’entreprises, de main-d’œuvre employée ou de volume de production – a été privatisée. Nos opposants disent que l’existence de ce secteur prouve la marche en avant de la restauration capitaliste.
Beaucoup de PME du secteur public ont été tout simplement vendues aux cadres qui les dirigeaient et qui sont souvent membres du PCC et conservent les mêmes liens qu’ils avaient auparavant avec le parti. Maintenant, il existe un secteur industriel purement privé, y compris avec quelques grands groupes (par exemple dans l’acier, dans l’automobile). Mais ce secteur purement privé est confronté au secteur bancaire d’Etat qui favorise les entreprises d’Etat. Si toutes les entreprises d’Etat qui n’ont pas remboursé leurs prêts bancaires et qui ne pouvaient pas les rembourser avaient été fermées, la Chine serait devenue depuis longtemps une zone de catastrophe économique. Mais au contraire, d’une manière totalement non planifiée, inadéquate et erratique, les prêts bancaires « non performants » se sont substitués au financement gouvernemental direct. C’est ainsi qu’en 1998-1999 la banque centrale a donné 200 milliards de dollars aux principales banques commerciales en échange d’un montant équivalent en « prêts non performants ». En 2003 et 2004, les deux plus grosses banques ont encore bénéficié chacune de 45 milliards de dollars de dotation.
Le système financier chinois repose sur deux facteurs principaux : 1) tout le monde sait que le gouvernement est derrière les banques ; 2) les banques privées, notamment occidentales, ne sont pas (encore) autorisées à leur faire concurrence. Si depuis début 2006 les banques des impérialistes peuvent acheter des morceaux des banques chinoises, il semble pour le moment que ce soit dans des conditions précises : elles ont des participations minoritaires et exceptionnellement seulement quelqu’un dans le conseil d’administration.
Quand une conférence du PCC a voté un amendement à la Constitution pour « protéger la propriété privée », certains groupes (comme les pablistes japonais – Kakehashi – ou le CIO) ont dit que cela prouvait leur évaluation que la Chine était devenue capitaliste. Ce nouvel amendement était en fait le reflet d’une réalité qui existait déjà. La propriété privée existe en Chine depuis des années. L’héritage existe depuis 1982. Avec cet amendement, la bureaucratie essaie d’assurer ses privilèges en reconnaissant légalement la propriété privée et le droit d’hériter. Ce n’est pas telle ou telle résolution adoptée par la bureaucratie, même si celles-ci représentent une évolution inquiétante, qui déterminera où va la Chine, mais le conflit social. La propriété privée en Chine est aussi instable que la bureaucratie elle-même. La propriété privée et les capitalistes existent en Chine aujourd’hui dans la mesure où la bureaucratie, agissant sous les pressions d’une part de l’impérialisme, de l’autre du prolétariat, les autorise à exister. La propriété privée soi-disant « inviolable » sera violée par la bureaucratie sous l’impact des menaces contre-révolutionnaires ouvertes des impérialistes et de la bourgeoisie ou, plus fondamentalement, par une classe ouvrière ascendante en lutte pour le pouvoir politique. Cela ne nous empêche pas de reconnaître que la politique économique du régime stalinien de Pékin d’encourager l’entreprise capitaliste renforce de plus en plus les forces sociales qui donneront naissance à des factions et partis soutenus par l’impérialisme et ouvertement contre-révolutionnaires.
La Bourse. Làencore c’est un argument des taaffistes et autres réformistes qui ne tient pas. Beaucoup d’entreprises d’Etat de plus grande taille ont été « privatisées » grâce à un système d’actionnariat. Sur les sociétés cotées dans les deux principales Bourses chinoises, le gouvernement détient soit une majorité des actions, soit une forte participation minoritaire. Mais même dans ce dernier cas, celles-ci restent de fait contrôlées par le gouvernement, parce que le PCC conserve le monopole du pouvoir politique. L’autorisation d’introduire une société en Bourse est donnée d’abord et avant tout aux sociétés d’Etat, ce qui prive les entreprises privées de financements facilement accessibles. C’est-à-dire que s’il n’y a pas de démocratie ouvrière en Chine, il n’y a pas non plus de démocratie des actionnaires. Les actionnaires des sociétés chinoises n’ont pas de droits de propriété au sens capitaliste. Ils ont le droit aux revenus de leurs actifs financiers, et ils peuvent vendre leurs actions. Mais ils ne peuvent pas déterminer, ni même influencer, la gestion et la politique des entreprises.
La poudrière
La situation en Chine reste donc extrêmement contradictoire et explosive. Malgré un taux de croissance de l’économie de presque 10 % par an depuis plus de 20 ans, tous les secteurs de la classe ouvrière n’ont pas bénéficié d’une amélioration de leurs niveaux de vie. Un des résultats des privatisations accompagnées de fusions et de fermetures, a été le licenciement de 20 à 30 millions d’ouvriers, de façon disproportionnée des femmes. Ceux qui ont la chance de retrouver du travail, essentiellement dans le secteur privé, ont dû accepter des salaires plus bas et n’ont aucun des avantages que leur fournissaient les entreprises d’Etat. Une des principales régions particulièrement dévastées au niveau économique a été la « ceinture rouillée » dans le Nord-Est dans laquelle une grande partie des anciennes usines industrielles étaient concentrées. Là, près de 40 % de la classe ouvrière est sans emploi.
Globalement le chômage est estimé varier entre 6 à 13 % de la population urbaine économiquement active. La Commission nationale du développement et de la réforme, un organisme gouvernemental supervisant la politique économique, prévoit que si l’économie se développe de 8 % cette année, cela génèrera 11 millions d’emploi en Chine, ce qui représente moins de la moitié des 25 millions officiels de chômeurs et de nouveaux demandeurs d’emploi dans les villes (Economist, 25 mars).
Entre 1999 et 2002 (d’après China Labor Statistical Yearbook, 2003), les salaires ont augmenté à un rythme de près de 12 %. Au cours des récentes années, des centres industriels majeurs comme Shenzhen ou Shanghaï ont commencé à subir une pénurie de travailleurs, en particulier parmi les travailleurs expérimentés. Une des conséquences est que les employeurs offrent des salaires plus élevés et de meilleurs avantages pour attirer les travailleurs. La presse a révélé que les entreprises chinoises, depuis quelques semaines, annoncent qu’elles sont obligées d’augmenter leurs prix de vente (de 10 voire 20 % parfois). Hong Liang, un économiste de la firme de Wall Street Goldman Sachs commentait ainsi : « Nous sommes en train de voir la fin de l’âge d’or des coûts extrêmement bas de la main-d’œuvre en Chine » (New York Times, 3 avril).
Comme je l’ai dit auparavant, le développement d’une classe ouvrière massive a entraîné une multiplication des luttes ouvrières. Cette classe ouvrière jeune, massive, n’a pas les illusions que les ouvriers en URSS ou en Allemagne de l’Est pouvaient avoir dans le capitalisme – ils sont tellement nombreux à avoir fait l’expérience directe ou indirecte des enclaves capitalistes. Les dizaines de milliers de grèves, de manifestations ou protestations des ouvriers et paysans chinois montre leur combativité. Mais ce qui manque à cette classe ouvrière, c’est un parti révolutionnaire pour la guider, pour lui donner conscience de ses tâches historiques, lui donner conscience de la nature de la bureaucratie et de pourquoi elle doit être combattue. Mais aussi lui donner conscience qu’elle doit défendre les acquis restants contre les impérialistes et leurs laquais.
En réaction à ces luttes de classe en plein essor, LO avance la construction de syndicats indépendants. Que la classe ouvrière chinoise s’organise de façon indépendante de la bureaucratie est essentiel à la révolution politique. Mais la revendication de « syndicats indépendants », quand elle se pose, doit être clairement reliée à la révolution politique prolétarienne et à la défense de la Chine contre les impérialistes ; sinon elle se transforme, comme cela a été le cas pour la Russie soviétique et l’Europe de l’Est, en cri de ralliement aux impérialistes ou leurs lieutenants ouvriers (comme les bureaucrates de l’AFL-CIO ou de Force ouvrière) qui utilisent cette revendication pour saper l’Etat ouvrier chinois et semer des illusions dans la « démocratie » bourgeoise.
Une composante vitale de la classe ouvrière sont les travailleurs migrants, dont beaucoup sont des femmes. Ceux-ci viennent de la campagne et se retrouvent à la tête des luttes ouvrières récentes. Dans le sud-est, beaucoup de jeunes femmes migrantes ont fait grève ou ont autrement refusé de travailler dans les conditions déplorables de travail des sweatshops, ce qui a provoqué une pénurie de main-d’œuvre depuis l’été 2004. A Shanghaï et Pékin, les travailleurs migrants, qui représentent 80 % de la force de travail dans l’industrie en plein boom du bâtiment, ont lutté et ont obtenu de meilleures conditions de travail.
Les restrictions sur l’exode rural vers les villes ont été assouplies ces dernières décennies, mais elles n’ont pas été éliminées. Les migrants, qui sont contraints d’accepter les travaux les plus dangereux et les plus pénibles, ne bénéficient pas des droits légaux des résidents citadins et sont obligés de vivre dans des endroits ségrégués. Beaucoup d’ouvriers des villes méprisent les migrants, qui sont considérés comme volant les emplois et la cause de la baisse des salaires. En Chine, un parti révolutionnaire d’avant-garde se battrait aujourd’hui pour unifier tous les secteurs de la classe ouvrière en alliance avec les ouvriers agricoles et les pauvres des villes. Une des clés pour une perspective de révolution politique prolétarienne en Chine est la bataille pour que les travailleurs migrants bénéficient des mêmes droits que les résidents locaux, y compris l’accès à la santé, au logement et à l’éducation publique, de même que d’un salaire égal à travail égal. Pour que triomphe la révolution politique, il est vital que la classe ouvrière gagne à sa cause les centaines de millions de paysans.
Un parti d’avant-garde révolutionnaire aurait pour tâche d’unifier dans la lutte tous les secteurs de la classe ouvrière. Et les travailleurs et travailleuses migrants sont un pont idéal entre la classe ouvrière et les paysans. Un tel parti soutiendra la résistance des paysans à la saisie de leurs terres par les bureaucrates locaux pour des développements industriels, d’infrastructures ou commerciaux. Les paysans ne doivent accepter de transférer leurs baux qu’en échange de compensations importantes pour la perte de leur moyen d’existence agricole.
Il est généralement reconnu que l’ère de la « réforme » a vu le développement d’un gouffre séparant la Chine rurale de la Chine urbaine ou séparant les provinces côtières des provinces de l’intérieur. Mais l’écart socio-économique grandissant entre la Chine rurale et la Chine urbaine n’a pas commencé avec les « réformes orientées vers le marché » de Deng. C’était quelque chose qui avait déjà été entamé au cours des dernières années de l’ère Mao. Entre 1952 et 1975, la moyenne de consommation par personne pour la population non agricole a augmenté de 83 % alors qu’elle n’a augmenté que de 41 % dans les campagnes. En 1980 (au début de l’ère de la « réforme »), chaque habitant des villes consommait 60 % de plus de céréales et mangeait deux fois et demie plus de viande que les membres des communes rurales. La différence était encore plus grande pour les biens de consommation manufacturés (les montres, les machines à laver, les radios). Au total, la consommation moyenne dans la Chine urbaine était deux à trois fois plus importante que dans la campagne.
On peut comparer avec l’Union soviétique en 1960-1970. Là, il y avait un rapprochement appréciable entre les niveaux de vie des populations rurales et urbaines. Une grande partie des fermes collectives se transformaient volontairement en fermes d’Etat, dans lesquelles les travailleurs recevaient un salaire uniforme et des avantages qui ne dépendaient pas de la production agricole fluctuante ni du prix auquel le gouvernement l’achetait. Au début des années 1980, les revenus des fermiers en URSS augmentaient à un rythme plus élevé que ceux des ouvriers d’usines et des employés. Ce plus grand degré d’égalitarisme était possible seulement parce que l’Union soviétique avait atteint un degré de productivité bien plus grand que celui de la Chine.
En ce qui concerne la paysannerie chinoise, pour certains aspects, il y a eu une amélioration significative des conditions de vie. La consommation d’électricité dans les régions rurales a été pratiquement multipliée par huit entre 1978 et 1997, la plupart des familles paysannes possèdent des appareils électroménagers. En 1997, les deux tiers des familles rurales avaient une télévision, un moyen élémentaire pour accéder à la vie culturelle moderne.
Toutefois, pour d’autres aspects importants, les conditions de vie des paysans se sont détériorées. Les communes rurales de l’époque de Mao procuraient des soins médicaux de base, une éducation primaire et secondaire, des retraites et d’autres programmes sociaux. De 1980 à 1983, Deng a dissout les communes et les a remplacées par des fermes familiales avec des baux à long terme – le « système de responsabilité familiale ». Les programmes sociaux qui étaient fournis auparavant par les communes devaient être soi-disant pris en charge par les gouvernements locaux. Etant donné l’extrême décentralisation du système financier gouvernemental chinois, les maigres revenus des villages et des petites villes ne pouvaient répondre aux besoins engendrés. Les familles de paysans ont dû payer de leur poche pour les soins médicaux et pour la scolarité de leurs enfants. Les conséquences sociales étaient prévisibles :
« Malgré de louables progrès dans l’accès fourni à l’éducation, des déséquilibres subsistent. Les régions rurales sont très en retard par rapport aux villes, et la population illettrée de la Chine se concentre dans les régions rurales. Il reste de grandes différences dans la qualité de l’éducation, et l’écart dans les possibilités d’éducation s’approfondit au fur et à mesure que l’étudiant prend de l’âge. Des écarts importants subsistent au niveau de la santé des citadins et des campagnards et parmi les habitants de différentes régions. La mortalité infantile et maternelle est deux fois plus importante dans les régions rurales que dans les villes. Tous les indicateurs montrent des écarts très distincts dans la nutrition entre les enfants des campagnes et ceux des villes. »
– China Human Development Report 2005 [Rapport de 2005 sur le développement humain en Chine]
Le régime de Hu Jintao a promis, sous le mot d’ordre « une nouvelle campagne socialiste », d’améliorer les conditions de vie de la paysannerie pour répondre aux « cas massifs de désordre ». La charge fiscale a été réduite, les frais scolaires pour les écoles primaires et secondaires vont être supprimés et le gouvernement central a prévu de dépenser plus d’argent dans les régions rurales pour des programmes sociaux et de faire des investissements dans les infrastructures. Cependant, l’Economist (11 mars) faisait remarquer :
« Ces mesures n’ont pas engendré un changement politique marquant. Les sommes que dépense le gouvernement sur les campagnes ne représenteront encore que 8,9 % du total des dépenses du gouvernement, plus que les 8,8 % de l’année dernière mais moins que les 9,2 % de 2004. L’abolition des taxes agricoles et des autres charges sur les paysans permettra à chaque habitant des campagnes d’économiser en moyenne 156 yuans (19 $) par an – à peu près 4,8 % du revenu net. »
Une réduction réelle de l’écart entre la Chine rurale et la Chine urbaine demandera une redistribution et une nouvelle répartition massives des ressources économiques. L’introduction de la technologie moderne dans la campagne – allant des engrais à tout système d’agriculture scientifique – exigerait une base industrielle qualitativement supérieure à ce qui existe actuellement. D’un autre côté, une augmentation de la productivité agricole augmenterait le besoin d’une importante expansion de l’emploi industriel dans les zones urbaines pour absorber le vaste surplus de main-d’œuvre dont la campagne n’aurait plus besoin. Il est clair que ceci implique un long processus, en particulier étant donné la taille encore limitée de la base industrielle en Chine et le bas degré de sa productivité. Le rythme, et au bout du compte, la faisabilité de cette perspective repose sur l’aide que recevrait la Chine d’un Japon socialiste ou d’une Amérique socialiste, ce qui souligne la nécessité d’une révolution prolétarienne internationale.
Défendre la révolution
Un parti révolutionnaire devra lutter contre la propagande de la bureaucratie sur le fait que la démocratie des soviets est impossible. La question d’une économie centralisée basée sur la démocratie des soviets ouvriers (et paysans) est une question clé en Chine, et il faut gagner la classe ouvrière et la paysannerie chinoises à cette perspective.
Par exemple pour déterminer la fraction des ressources économiques totales qui sera consacrée, disons au système de santé par rapport aux autres besoins tels que l’investissement dans le développement économique et les infrastructures, la défense militaire, l’éducation, les retraites des personnes âgées, etc. Cette répartition des ressources économiques totales entre les différents besoins concurrents devra être débattue et décidée au plus haut niveau d’un gouvernement basé sur des soviets ouvriers (et paysans). La coordination des différentes activités économiques (comme la construction, les équipement médicaux, les logiciels) pour développer un système de santé demandera une administration et une planification centralisées. Un tel système est entièrement compatible avec la participation démocratique active des ouvriers sur les sites de production pour conseiller sur le meilleur usage de la technologie, établir et renforcer les systèmes de sécurité, maintenir la discipline ouvrière, etc.
Il est certain que les travailleurs chinois considéraient l’emploi garanti à vie et les avantages sociaux allant avec (ce qu’on appelait le « bol de riz en fer ») comme l’un des principaux acquis sociaux de la Révolution de 1949. Cependant, un pays aussi pauvre et économiquement arriéré que la Chine ne peut manifestement pas fournir à des centaines de millions de paysans des emplois dans des industries d’Etat, et encore moins des emplois garantis à vie et avec un niveau de salaire et d’avantages sociaux deux ou trois fois plus élevé que le revenu des membres des communes rurales.
Afin de maintenir l’ordre social le régime du PCC a empêché par la force pendant l’ère de Mao les paysans d’émigrer vers les villes pour y chercher du travail. De plus le régime ne fournissait pas non plus d’emplois dans le secteur d’Etat à tous les travailleurs urbains. Pendant la Révolution culturelle, environ 17 millions de jeunes citadins ont été envoyés dans les campagnes à la fin de leurs études, séparés de leur famille et de leurs amis. Dans les dernières années de l’époque de Mao, les communes rurales étaient devenues un énorme réservoir de chômage et de sous-emploi déguisé.
La Révolution culturelle avait en partie pour objectif de réduire les conditions de vie de la classe ouvrière au nom d’un « égalitarisme socialiste » bidon. De plus, l’emploi garanti à vie dans une entreprise donnée n’était pas rationnel d’un point de vue économique, et il freinait de plus en plus la maximisation de la productivité du travail au moyen de nouveaux investissements. Une grande partie de l’infrastructure industrielle de la Chine a été construite pendant le Premier plan quinquennal (le plus réussi) au milieu des années 1950. Cela comprenait la technologie la plus moderne que la Chine pouvait obtenir de l’Union soviétique. Dans les années 1970 beaucoup d’entreprises industrielles étaient devenues technologiquement obsolètes. Pour maximiser la productivité du travail, le niveau d’investissement étant donné, il fallait fermer certaines entreprises et les remplacer par de nouvelles, ou les moderniser avec des technologies plus modernes économisant le travail. Dans tous les cas un grand nombre d’emplois spécifiques existants devaient être éliminés. Un gouvernement vraiment socialiste réemploierait ailleurs les travailleurs devenus surnuméraires, avec des salaires et des avantages sociaux comparables, y compris en finançant leur déménagement et leur formation aux frais de l’Etat. Bien entendu Deng et ses successeurs n’ont rien fait de la sorte. Les travailleurs licenciés des entreprises d’Etat ont été abandonnés à eux-mêmes, et beaucoup d’entre eux ont souffert de vraies privations. Quant au régime de Mao, il a dans les faits gelé les salaires pendant vingt ans avec des ordres bureaucratiques et la répression d’un Etat policier.
Si on veut des niveaux de salaire et d’avantages sociaux uniformes dans les différentes entreprises, industries et les différentes régions – à travail égal, salaire égal – cela demande nécessairement une économie gérée centralement. Seul un tel système est capable de redistribuer les ressources des entreprises, des industries et des provinces les plus productives vers les moins productives.
L’expansion de la base industrielle pour absorber les paysans sans travail pose le problème des entreprises des impérialistes en Chine. En tant que révolutionnaires marxistes, nous ne sommes pas opposés aux relations économiques importantes que la Chine entretient avec le monde capitaliste à travers le commerce et les joint-ventures avec les compagnies occidentales ou japonaises. Un gouvernement basé sur des soviets ouvriers et paysans en Chine, dirigé par un parti léniniste-trotskyste, chercherait à utiliser le marché mondial pour accélérer son développement économique. Mais pour faire cela, il rétablirait le monopole d’Etat sur le commerce extérieur. Et il renégocierait les termes des investissements étrangers dans l’intérêt des ouvriers et de leur Etat.
De façon plus fondamentale, un gouvernement socialiste révolutionnaire en Chine favoriserait activement des révolutions prolétariennes internationalement. C’est pour fournir au prolétariat la direction nécessaire dans ces luttes que la LCI cherche à reforger la Quatrième Internationale de Trotsky – le parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/177/chine.html
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Mexique : Manifs de masse contre la hausse de l’essence

https://archive.is/xn8Kk
Le Bolchévik nº 219 Mars 2017
Mexique : Manifs de masse contre la hausse de l’essence
Nous reproduisons la traduction d’un supplément du journal Espartaco de nos camarades du Grupo espartaquista de México (GEM) précédé d’une introduction de nos camarades américains parue dans Workers Vanguard (n° 1104, 27 janvier).
Des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue partout au Mexique depuis le 1er janvier pour protester contre le gasolinazo, l’annonce d’une augmentation pouvant aller jusqu’à 20 % du prix de l’essence décrétée par le gouvernement PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) du président Enrique Peña Nieto. Cette attaque contre les travailleurs, les paysans et les pauvres du Mexique a provoqué les plus grandes mobilisations de toute l’histoire dans un certain nombre d’Etats fédéraux et de villes. Dans les Etats frontaliers des Etats-Unis, les manifestants ont à plusieurs reprises bloqué les gares de péage et les postes-frontières.
Le black-out médiatique quasi-total sur ces manifestations aux Etats-Unis n’est pas un hasard. La bourgeoisie impérialiste américaine s’inquiète visiblement de l’instabilité persistante au sud de la frontière et veut maintenir les travailleurs américains dans l’ignorance des luttes menées par leurs frères et sœurs de classe mexicains. La peur et la révulsion suscitées par le nouveau président Donald Trump, qui ne rate pas une occasion de dénigrer le peuple mexicain, est un facteur supplémentaire des protestations au Mexique. Les tirades protectionnistes de Trump ont déjà conduit Ford et General Motors à reconsidérer leurs investissements au Mexique. Pendant ce temps, le peso mexicain, déjà orienté à la baisse, a atteint son plus bas niveau historique ces dernières semaines après les déclarations contre le Mexique de Trump et de son nouveau ministre du Commerce. Le prolétariat multiracial des Etats-Unis a une obligation particulière de s’opposer aux déprédations du mastodonte impérialiste américain qui condamne des millions de travailleurs et de paysans mexicains à la faim et au chômage, que ce soit sous les administrations démocrates ou républicaines.
Le gasolinazo a été provoqué par la suppression progressive du contrôle des prix dans le cadre de la réforme du secteur de l’énergie approuvée par le Congrès mexicain en 2013. Cette réforme antisyndicale a ouvert aux investissements étrangers la PEMEX, la compagnie pétrolière nationalisée. La décision de vendre la PEMEX s’inscrit dans la vague de privatisations exigées par les capitalistes américains pour ouvrir le marché mexicain à un pillage impérialiste illimité. L’accord de libre-échange ALENA sert à cela depuis longtemps ; il a provoqué la dévastation des campagnes mexicaines et énormément accru la pauvreté dans les villes. Les travailleurs des Etats-Unis doivent s’opposer à l’ALENA par solidarité avec les exploités et les opprimés du Mexique. L’opposition prolétarienne et internationaliste à l’ALENA n’a rien de commun avec le protectionnisme chauvin de Trump et des chefs de l’AFL-CIO [la centrale syndicale américaine].
Les luttes pour des révolutions ouvrières au Mexique et aux Etats-Unis sont intimement liées, notamment par l’intermédiaire des millions d’immigrés mexicains qui constituent une composante importante du prolétariat des Etats-Unis. Pour surmonter les divisions entre les travailleurs nés aux Etats-Unis et les immigrés, divisions qui sont autant d’entraves pour la classe ouvrière, il faut lutter contre le racisme anti-immigrés attisé par les capitalistes, qu’ils soient démocrates ou républicains. Aucune expulsion ! Pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés !
L’augmentation allant jusqu’à 20 % du prix de l’essence décrétée par le gouvernement détesté d’Enrique Peña Nieto est la conséquence des privatisations ; elle condamne à la misère et à la faim les masses mexicaines déjà pauvres. Le gouvernement bénéficie du soutien du PAN [Parti d’action nationale, le parti de droite clérical] et de la majorité des députés du PRD [Parti de la révolution démocratique]. Si on la rapporte au salaire minimum, l’essence aujourd’hui au Mexique est parmi les plus chères du monde. On s’attend à une augmentation significative des prix des denrées alimentaires. Les tarifs des transports publics, déjà exorbitants notamment à l’extérieur de Mexico, ont déjà augmenté, ainsi que ceux de l’électricité.
S’ajoutant à la dégringolade du peso par rapport au dollar, il semble que le gasolinazo a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis le 1er janvier, le mouvement de colère s’est étendu à tout le pays. Il y a eu des manifestations de masse dans des dizaines de villes – par exemple 20 000 personnes à Monterrey le 5 janvier, 40 000 à Mexicali le 15 et 60 000 à Guadalajara le 22. Le 22 janvier également, plus de 5 000 ouvriers, principalement membres de la section syndicale 271 du syndicat des mineurs et des sidérurgistes, ont manifesté dans la ville portuaire de Lázaro Cárdenas, dans l’Etat de Michoacán. Des terminaux de la PEMEX ont été bloqués dans au moins neuf Etats. Le nœud ferroviaire à la frontière entre l’Etat mexicain de Sonora et l’Etat américain de l’Arizona a été paralysé, ce qui a perturbé plusieurs jours durant les importations et exportations. Le gouvernement a réagi par un déploiement massif de policiers, les chiens de garde de la bourgeoisie. La répression a été brutale, avec plus de 1 500 arrestations et au moins cinq morts. Libération immédiate de toutes les personnes arrêtées !
Pour lutter contre cette crise provoquée par les capitalistes mexicains et leurs parrains impérialistes, il faut mobiliser la puissance sociale de la classe ouvrière, à la tête de tous les opprimés, contre ce système d’exploitation et d’oppression inhumain. La classe ouvrière, qui fait fonctionner tout le mécanisme du capitalisme industriel moderne, a une gigantesque puissance sociale qui provient de son rapport aux moyens de production. Le Grupo Espartaquista de México lutte pour construire un parti ouvrier révolutionnaire sur le modèle du Parti bolchévique de Lénine et Trotsky, qui a conduit au pouvoir le prolétariat en Russie pendant la Révolution d’octobre 1917. Dans cette perspective, nous avançons aujourd’hui un programme d’action prolétarienne basé sur des revendications faisant le lien entre les besoins immédiats des masses et la lutte pour détruire le système capitaliste tout entier par une révolution socialiste.
Contre l’austérité et le chômage, les travailleurs doivent exiger une échelle mobile des salaires pour compenser la hausse du coût de la vie ! Du travail pour tous grâce à la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire ! Contre le gasolinazo et la paupérisation galopante, pour des comités de contrôle des prix, composés de délégués d’usines, des syndicats, des coopératives, des organisations paysannes et de la population pauvre des villes ! Contre le pillage impérialiste, la classe ouvrière doit lutter pour la nationalisation des industries clés comme l’énergie. Expropriation des banques, des compagnies de distribution d’eau, de gaz, d’électricité et de télécommunications, des transports et des ports !
Face à ces revendications, la bourgeoisie dira qu’elle ne peut pas donner du travail à tous ou assurer à toutes les familles une alimentation, un logement et des conditions de vie décentes, étant donné que cela écornerait ses profits. Cela montrera aux masses que le système capitaliste mérite de périr, et que pour imposer des mesures simples et rationnelles comme celles-ci il faut exproprier les expropriateurs, la bourgeoisie tout entière. Nous cherchons ainsi à diffuser un niveau de conscience révolutionnaire parmi les travailleurs et à détruire les illusions colportées par les populistes bourgeois du PRD et de Morena [le Mouvement pour la régénération nationale d’Andrés Manuel López Obrador, ancien candidat du PRD à l’élection présidentielle] : ceux-ci font croire que l’on pourrait réformer le système capitaliste pour le mettre au service des intérêts des exploités et des opprimés. Il faut abolir la propriété privée des moyens de production par une révolution socialiste qui instaurera un gouvernement ouvrier et paysan.
Trump et Peña Nieto : quand le maître congédie le laquais
Depuis des dizaines d’années, la bourgeoisie mexicaine et ses gouvernements obéissent servilement aux diktats impérialistes. Ils ont livré l’économie mexicaine à un pillage sans frein de la part de la bourgeoisie des Etats-Unis grâce à des privatisations massives, à l’élimination des subventions agricoles, à des attaques contre les syndicats et surtout grâce à l’ALENA, un traité mettant en coupe réglée le Mexique. En même temps, une poignée de capitalistes mexicains se sont enrichis dans l’ombre de leurs maîtres. Le résultat pour les masses ? Des campagnes dévastées et un désespoir croissant parmi les millions de paysans qui y vivent encore, et dont beaucoup appartiennent à des peuples indigènes misérables et opprimés. Sans compter un chômage de masse que dissimule à peine l’« économie informelle », et une dépendance accrue envers l’importation des produits alimentaires de base. La raison d’être de l’ALENA est de renforcer les impérialistes nord-américains face à leurs rivaux européens et japonais. Tandis qu’au Mexique l’ALENA n’a apporté qu’une misère affreuse et généralisée, aux Etats-Unis et au Canada il a servi aux bourgeoisies impérialistes d’instrument pour attaquer le niveau de vie de la classe ouvrière, provoquer des licenciements massifs et affaiblir gravement les syndicats.
Mais les maîtres impérialistes en réclament toujours davantage. En exigeant une renégociation de l’ALENA à l’avantage des impérialistes, sur la base d’un protectionnisme féroce, le démagogue raciste Trump semble vouloir abandonner ses laquais bourgeois mexicains à leur sort en exigeant une renégociation de l’ALENA à l’avantage des impérialistes. Mais il ne faut pas oublier un instant que c’est le démocrate Bill Clinton qui a été à l’initiative de l’ALENA et l’a signé. C’est sa femme Hillary, quand elle était ministre des Affaires étrangères d’Obama, qui a conçu le plan de privatisation du pétrole mexicain. Et c’est Obama, qui était jusqu’à récemment « expulseur en chef », qui a battu le record d’expulsions ordonnées par un président américain : plus de deux millions. Le Parti démocrate et le Parti républicain sont tous deux des partis de l’impérialisme américain.
Dans une déclaration commune publiée par la Spartacist League/U.S., la Trotskyist League/Ligue trotskyste du Canada et le Grupo Espartaquista de México, sections de la Ligue communiste internationale, nous écrivions : « La lutte contre l’ALENA est une bataille contre la domination du Mexique par l’impérialisme américain ». Nous ajoutions : « Nous appelons les travailleurs mexicains, américains et canadiens à s’unir pour s’opposer à ce pacte anti-ouvrier » (Workers Vanguard n° 530, 5 juillet 1991). Non seulement cela reste vrai un quart de siècle plus tard, c’est même devenu encore plus urgent.
Nous, trotskystes, ne tirons pas un trait d’égalité entre le protectionnisme dans les pays néocoloniaux, où il représente une mesure d’autodéfense nationale, et le protectionnisme des impérialistes, qui attise le chauvinisme et vise à renforcer la domination d’une ou l’autre bourgeoisie impérialiste. Nous sommes contre la privatisation du pétrole, qui a pris effet juridiquement il y a déjà trois ans, même si les investissements impérialistes tardent à se concrétiser. Nous disons : A bas la privatisation de l’industrie de l’énergie ! Dans le contexte de la nationalisation de l’industrie pétrolière décrétée en 1938, James P. Cannon, le fondateur du trotskysme américain, déclarait dans un discours prononcé la même année au Mexique :
« Nous savons que nous ne pouvons pas renverser les impérialistes d’Amérique sans l’aide des Latino-Américains qui sont opprimés par ce même impérialisme […]. « L’expropriation des compagnies pétrolières est un acte qui inspire les travailleurs du monde entier. Il est regrettable que vous soyez obligés de payer ces brigands qui ont volé au Mexique ses ressources naturelles. En principe, la Quatrième Internationale est en faveur de l’expropriation des capitalistes sans aucune compensation. Si le peuple mexicain doit verser des compensations, c’est parce qu’il n’a pas encore reçu suffisamment de soutien de la part des travailleurs aux Etats-Unis. »
La bourgeoisie mexicaine et les impérialistes cherchent, avec la privatisation, à casser le syndicat des ouvriers du pétrole – une privatisation que la bureaucratie procapitaliste du syndicat a soutenue de façon criminelle. Ceci montre la nécessité urgente de lutter pour une nouvelle direction des syndicats, une direction lutte de classe qui soit indépendante de tous les partis bourgeois, que ce soit le PRI, le PAN, le PRD ou Morena.
Pour un gouvernement ouvrier et paysan !
Les manifestations actuelles ont pour principal mot d’ordre, qu’on entend maintenant depuis plusieurs années : « Peña Nieto, dehors ! » Peña Nieto doit effectivement dégager. Mais son remplacement par un populiste bourgeois comme AMLO [Andrés Manuel López Obrador] ou ses anciens collègues du PRD (sans parler des réactionnaires cléricaux et néolibéraux du PAN) n’apportera aucune amélioration substantielle pour les masses exploitées et opprimées. En fait, la raison fondamentale que Peña Nieto a donnée pour justifier le gasolinazo était que le Mexique, un pays exportateur de pétrole, importe plus de la moitié de l’essence qu’il consomme. C’est un exemple de l’incapacité fondamentale de la bourgeoisie mexicaine à développer les forces industrielles du pays.
Indépendamment de qui est au gouvernement et sur quel programme, le Mexique capitaliste continuera d’être un pays néocolonial asservi par l’impérialisme, soumis aux crises des marchés et aux fluctuations erratiques du prix du pétrole brut. Comme l’explique Trotsky avec la théorie de la révolution permanente, il n’est pas possible de briser le joug impérialiste ni de satisfaire les besoins de la population sous le capitalisme.
Les bourgeoisies de tous les pays à développement capitaliste retardataire sont absolument incapables de rompre avec l’impérialisme. Comme nous l’a enseigné Lénine, l’impérialisme est un système mondial d’exploitation et d’oppression dominé par les grands monopoles du capital financier soutenus chacun par son propre Etat-nation avec son armée et sa marine. Du fait de la pénétration impérialiste, le Mexique est un pays au développement inégal et combiné, où les techniques de production modernes coexistent avec la misère et l’arriération rurales.
Indépendamment de leurs divergences idéologiques, les bourgeoisies du tiers-monde sont attachées aux impérialistes par des milliers de liens, et elles sont trop faibles pour briser leur propre subordination. L’intérêt de la bourgeoisie est toujours de créer du profit – le système capitaliste tout entier a pour objectif de remplir les poches d’une poignée de richards. La classe ouvrière est la seule classe qui a la puissance sociale et l’intérêt de classe nécessaires pour détruire le capitalisme. Sous la direction d’un parti d’avant-garde léniniste-trotskyste et grâce à la révolution socialiste, la classe ouvrière pourra remplacer le système capitaliste par un régime ayant pour but de satisfaire les besoins de la population.
Le cœur de l’Etat bourgeois, ce sont des bandes d’hommes armés (la police, l’armée, les tribunaux et les prisons) qui défendent le système d’exploitation capitaliste. Il faut le détruire et construire un nouveau pouvoir d’Etat qui défendra le pouvoir de la classe ouvrière comme nouvelle classe dominante, avec derrière elle les pauvres des campagnes et des villes. Seul un gouvernement de conseils d’ouvriers et de paysans pauvres peut satisfaire les aspirations des masses à l’émancipation sociale et nationale.
Notre perspective, c’est la révolution permanente. Dans ce cadre, nous savons que pour défendre de telles conquêtes et avancer sur la voie du socialisme il faut lutter pour l’extension internationale de la révolution, et plus particulièrement son extension au colosse impérialiste que sont les Etats-Unis. D’un autre côté, une révolution au Mexique aurait un effet électrisant sur le prolétariat multiracial des Etats-Unis. Tout comme les travailleurs mexicains doivent rompre avec les lâches nationalistes bourgeois dans leur propre pays et reconnaître dans le prolétariat des Etats-Unis leurs frères de classe, les ouvriers américains doivent comprendre que leurs intérêts coïncident avec ceux du prolétariat mexicain, et avec ceux des prolétaires de tous les pays ; ils doivent rompre avec la politique des bureaucrates syndicaux traîtres dont la loyauté va au Parti démocrate impérialiste.
Il faut libérer la puissance de la classe ouvrière derrière une direction lutte de classe !
La plus grande partie de l’industrie moderne et de l’industrie lourde mexicaine (à l’exception, jusqu’à présent, du pétrole et de l’électricité) résulte des investissements impérialistes et est orientée vers l’exportation, avant tout vers les Etats-Unis. Comme l’expliquait Trotsky dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste » (1940) : « Dans la mesure où le capital étranger n’importe pas de travailleurs mais prolétarise la population indigène, le prolétariat national joue rapidement le rôle le plus important dans la vie du pays. » La bourgeoisie crée son propre fossoyeur : l’ALENA a grossi les rangs du prolétariat industriel – le Mexique est par exemple aujourd’hui le quatrième exportateur mondial de voitures. Les économies mexicaine et américaine sont profondément imbriquées, et c’est quelque chose que la classe ouvrière peut utiliser à son avantage. Si les ouvriers de l’automobile mexicains faisaient usage de leur puissance sociale, ils pourraient paralyser tout l’appareil de production automobile des Etats-Unis.
Les syndicats sont actuellement affaiblis par l’offensive néolibérale qui dure depuis des années, et notamment par des défaites historiques comme la destruction du syndicat mexicain des ouvriers électriciens et les privatisations massives. En même temps, les manifestations actuelles sont politiquement dominées par des populistes bourgeois et (particulièrement à Mexico) par des éléments élitistes petits-bourgeois. Il est urgent que les syndicats se mobilisent pour défendre leurs propres intérêts et ceux de tous les pauvres. Des grèves menées par des secteurs puissants du prolétariat mexicain, comme le syndicat des mineurs ou celui des ouvriers du pétrole, pourraient faire trembler la faible bourgeoisie mexicaine et contrer les attaques de l’Etat bourgeois visant à affamer et réprimer la population. Il faut pour cela mener une lutte politique contre les bureaucraties procapitalistes qui enchaînent les syndicats aux partis et aux caudillos bourgeois, et les remplacer par une direction lutte de classe. Pour l’indépendance politique du mouvement ouvrier ! Pour commencer à affronter les attaques antisyndicales, il faut lutter pour syndiquer les non-syndiqués, y compris les salariés employés par des sous-traitants.
Le Grupo Internacionalista, comme les patrons, veut détruire le syndicat des ouvriers du pétrole
Le gouvernement est en train d’essayer de vendre des concessions pour les plates-formes pétrolières. Avec l’attaque actuelle, il cherche à lever le contrôle des prix sur les produits pétroliers pour augmenter la rentabilité des actifs dans ce secteur qu’il est en train de mettre aux enchères. Il doit démontrer à ses maîtres impérialistes qu’ils pourront tirer suffisamment d’argent du sang, de la sueur et des larmes des masses mexicaines. C’est également une attaque contre le syndicat des ouvriers du pétrole. Le journaliste de Televisa [une des grandes chaînes de télévision] Carlos Loret de Mola s’est répandu sur le fait que derrière le « chaos » provoqué par les « blocages et saccages » il y aurait la main de ce syndicat. Pour le quotidien El Financiero (16 janvier), celui-ci « est devenu une entrave au développement national ».
Le Grupo Internacionalista (GI) s’est joint aux porte-parole de la bourgeoisie qui soutiennent la campagne pour détruire le syndicat des ouvriers du pétrole. Loin de défendre ce syndicat contre la nouvelle offensive patronale, le GI affirme dans un tract récent (daté par erreur de janvier 2016) « le caractère bourgeois des "syndicats" charros, qui ne sont rien d’autre que des façades syndicales intégrées à l’Etat capitaliste et qui jouent le rôle d’une véritable police du mouvement ouvrier pour réprimer toute tentative de résistance des travailleurs ». Si on laisse de côté la rhétorique, pour le GI le caractère de classe des syndicats mexicains est déterminé par le parti bourgeois auquel ils sont liés. C’est ainsi que d’après le GI, les syndicats « bourgeois » seraient ceux qui soutiennent le PRI, tandis que ceux qui soutiennent les nationalistes bourgeois du PRD ou de Morena sont bien des syndicats « authentiques ». Mais la bureaucratie du syndicat des travailleurs du téléphone, par exemple, dirigé aujourd’hui encore par l’inamovible Francisco Hernández Juárez, qui a applaudi la privatisation de l’industrie du téléphone il y a 25 ans, est tout autant charra [vendue] que celle du syndicat du pétrole. Pourtant, pour le GI le syndicat des travailleurs du téléphone est un syndicat ouvrier « authentique ». Où est la logique dans ces fantaisies du GI ? Le détail clé, c’est qu’Hernández Juárez soutient le PRD tandis que Romero Deschamps [le dirigeant du syndicat du pétrole] soutient le mauvais parti bourgeois (le PRI).
Le GI a dû subrepticement « corriger » une version précédente de son tract, presque identique à quelques changements près. Il a ainsi modifié une phrase où il qualifiait par inadvertance les syndicats corporatistes de « syndicats » [sindicatos], qu’il traite désormais de « corporations » [gremios], avant d’ajouter : « Il faut dépasser le corporationnisme » [gremialismo]. Pour le GI, c’est une manière politiquement lâche de dire qu’il faut détruire les syndicats corporatistes de l’intérieur – c’est-à-dire de faire le sale boulot pour le compte des patrons. Le GI explique également dans la version révisée de son tract que « la section syndicale 22, formée d’enseignants dissidents, peut jouer un rôle crucial pour que devienne réalité la lutte commune de diverses corporations de travailleurs contre l’offensive du gouvernement ». La CNTE [syndicat des enseignants dont fait partie la section 22], à la remorque de laquelle le GI s’est placé depuis des années, est liée au caudillo bourgeois AMLO par l’intermédiaire de sa propre bureaucratie. Bien entendu le GI ne mentionne pas le soutien de la CNTE à Morena et à AMLO quand il confère aux enseignants dissidents un rôle « crucial » pour syndiquer d’autres travailleurs. Donc pour le GI, « l’indépendance complète vis-à-vis de la bourgeoisie » ne sera réalisée qu’une fois que des secteurs puissants comme les ouvriers du pétrole se mettront eux aussi à la traîne d’AMLO. Et alors peut-être le GI leur accordera son imprimatur comme syndicats ouvriers « authentiques ».
Bien qu’ils aient une direction procapitaliste, la défense des syndicats (les organisations de base de la classe ouvrière) contre les attaques des patrons et de leur Etat est une condition minimum pour lutter pour l’indépendance politique du mouvement ouvrier. Nous ne tirons pas un trait d’égalité entre les ouvriers syndiqués et la bureaucratie, ni entre la bureaucratie et la bourgeoisie. La classe ouvrière doit faire le ménage elle-même ! Comme l’expliquait Trotsky dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste », la lutte pour la démocratie dans les syndicats « présuppose pour sa réalisation la complète liberté des syndicats vis-à-vis de l’Etat impérialiste ou colonial ». Il ajoutait : « Il est un fait certain que l’indépendance des syndicats, dans un sens de classe, dans leur rapport avec l’Etat bourgeois, ne peut être assurée, dans les conditions actuelles, que par une direction complètement révolutionnaire qui est la direction de la IVe Internationale. »
Hystérie bourgeoise contre les pillages
Lors des manifestations, certaines personnes ont profité de l’occasion pour se procurer quelques biens de consommation dans des grands magasins comme Elektra – qui appartient au magnat Ricardo Salinas Pliego, également propriétaire de TV Azteca – et dans des chaînes de supermarchés comme Aurrerá et Walmart. Certains ont apparemment réussi à récupérer leurs propres biens mis en gage chez d’infâmes usuriers. Cela s’est produit dans certaines des régions les plus pauvres du pays, notamment dans les Etats de Veracruz et Hidalgo, et dans les banlieues misérables de Mexico, comme Ecatepec et Zumpango. Les médias et une multitude de blogueurs petits-bourgeois ont mené une campagne de lynchage médiatique contre les « pillards ». AMLO a développé la ligne réactionnaire que le pillage constituerait une « stratégie fasciste ».
Comme un chœur de servants de messe, une grande partie de la gauche a joint sa voix aux vociférations de la bourgeoisie. Par exemple, les pseudo-trotskystes d’Izquierda Socialista [Gauche socialiste, liée à la Tendance marxiste internationale qui publie en France le journal Révolution] et du Movimiento de los Trabajadores Socialistas [la tendance « Révolution permanente » du NPA en France], qui sont à la remorque de Morena et d’AMLO, parlent d’infiltrations de partisans du PRI et d’actes de vandalisme. Cette hystérie n’est rien d’autre qu’une indifférence élitiste à la misère généralisée dans laquelle se trouvent d’énormes couches de la population. On a volé aux masses mexicaines leur pain, leur travail, leur terre et leur maison, et elles se battent maintenant pour survivre. Les quelques actes de pillage qui se sont produits début janvier au Mexique n’étaient ni une tactique radicale ni un crime du point de vue de la classe ouvrière ; ils reflétaient simplement le désespoir des pauvres. Les vrais pillards, ce sont ceux qui ont conduit le pays à la misère et à l’humiliation. Il faut mobiliser la puissance sociale de la classe ouvrière contre la répression !
La terrible oppression impérialiste que subissent les masses mexicaines a nourri les illusions nationalistes d’une fausse unité entre exploités et exploiteurs, sur la base d’un prétendu objectif commun de défendre la « patrie ». Le GEM lutte pour construire le parti prolétarien d’avant-garde qui aura pour tâche d’arracher les masses à l’influence de la bourgeoisie nationaliste-populiste, de combattre les illusions dans une réforme démocratique de l’Etat bourgeois et de canaliser les luttes des masses vers la prise du pouvoir par le prolétariat. Notre perspective, comme celle de Lénine et Trotsky, est internationaliste. Nous, les spartacistes de la Ligue communiste internationale, luttons pour reforger la Quatrième Internationale trotskyste et mener de nouvelles révolutions d’Octobre dans le monde entier.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/219/mexico.html
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Corruption, capitalisme et « unité canadienne » - Pour l’indépendance du Québec ! (2005)

https://archive.is/CjEMA
raduit de Spartacist Canada n° 145, été 2005
Le NPD appuie les gangsters du Parti libéral
Corruption, capitalisme et « unité canadienne »
Pour l’indépendance du Québec !
Le spectacle d’ex-pontes fédéraux et agents publicitaires du Parti libéral qui craquent et se mettent à tout déballer lors des audiences quotidiennes de la commission Gomery a connu un succès immédiat à la télévision québécoise. Après avoir été intimidés au point de voter non à deux référendums sur la souveraineté, les Québécois ne savent pas s’ils doivent s’étrangler de rage ou de rire en voyant comment l’argent du gouvernement est utilisé pour acheter leur patriotisme avec des annonces publicitaires, des t-shirts et des balles de golf « pro-Canada ». Les histoires de conciliabules de personnages interlopes dans des restaurants italiens et d’enveloppes pleines de billets de banque, avec en prime un attentat à la voiture piégée non élucidé, sont l’expression de la corruption et du patronage inhérents à la « démocratie » capitaliste. Mais en fin de compte, le scandale des commandites montre jusqu’où les dirigeants de ce pays sont prêts à aller pour empêcher l’indépendance du Québec.
Le 19 mai, le Parti libéral minoritaire a réussi à faire passer une motion de confiance avec une voix de majorité, ce qui a temporairement restabilisé le gouvernement libéral de Paul Martin. Le soutien des 19 députés du NPD a été crucial pour cela, et a permis au gang antiouvrier du Parti libéral d’arriver à convaincre les vrais détenteurs du pouvoir de l’argent – les capitalistes de Bay Street à Toronto et la myriade d’affairistes qui gravitent autour de la Power Corporation à Montréal – de les laisser essayer une fois encore de surmonter une crise de l’« unité nationale ». Le pouvoir de l’argent a accepté, et la députée conservatrice Belinda Stronach, héritière du géant de l’équipement automobile et champion de la répression antisyndicale Magna, a fait défection à la veille du vote de la motion de confiance pour donner aux libéraux la voix décisive.
Le rôle du NPD, qui permet au régime libéral chancelant de se maintenir, en dit long sur ce parti social-démocrate procapitaliste servile. Il montre aussi clairement le rôle de la bureaucratie syndicale, qui enchaîne la classe ouvrière aux capitalistes et à leur État. C’est Ken Georgetti, le président du Congrès du travail du Canada, et Buzz Hargrove, celui du syndicat des Travailleurs canadiens de l’automobile, qui d’après la presse ont exigé que le NPD signe le pacte avec les libéraux en menaçant de ne pas lui accorder le soutien officiel du mouvement syndical aux prochaines élections. Le NPD est un habitué de longue date des « coalitions de couloir » avec les libéraux en échange de « réformes » largement fantomatiques. La dernière mouture est spécialement grotesque, même pour le NPD ; son chef, Jack Layton, s’est vautré dans la démagogie anti-québécoise la plus grossière en critiquant les conservateurs pour s’être « mis au lit » avec les « séparatistes » du Bloc Québécois (Toronto Star, 29 avril). Le NPD s’est toujours opposé de façon chauvine aux droits nationaux du Québec, mais il a rarement exprimé cette position aussi crûment.
Même avec le répit temporaire du vote du budget, Martin et les libéraux continuent à traîner la casserole des commandites, et les fédéralistes sont en très mauvaise posture aux Québec. 54% des gens sont favorables à la souveraineté. On prédit qu’aux prochaines élections les libéraux vont se faire ravir les quelques sièges francophones qui leur restent par Gilles Duceppe et le Bloc (les conservateurs purs et durs et les anglo-chauvins du NPD sont facteur négligeable). De son côté, le régime provincial libéral de Jean Charest vacille de crise en crise. La plus récente a vu une grève de près de 200 000 étudiants – la plus importante de l’histoire du Québec – réussir à tenir tête au gouvernement et à stopper beaucoup des coupes claires qu’il voulait effectuer dans le budget de l’éducation. Même les amis de Charest au Conseil du patronat s’interrogent sur sa capacité à gouverner. Actuellement au Québec, aucun fédéraliste ne pourrait être élu ramasseur de chiens.
Le programme des commandites faisait partie du « plan B » de l’ex-premier ministre Jean Chrétien contre le droit à l’autodétermination du Québec. Il y a trois ans, confronté à l’accumulation de preuves de corruption et de pots de vin, Chrétien avait répliqué : « Peut-être y a-t-il eu quelques millions de dollars qui ont pu être volés en cours de route, mais combien de millions et de millions de dollars avons-nous sauvés parce que nous avons rétabli la stabilité du Canada en le préservant comme un pays uni ? » « Mission accomplie », proclamait-il quand, un an plus tard, il se retirait du pouvoir, ajoutant : « Nous pouvons être fiers que ce pays est maintenant plus uni que jamais ».
Moins de deux ans plus tard, tout l’édifice branlant s’est écroulé. Un éditorial de Richard Gwyn dans le Toronto Star (29 avril) résume bien la situation :
« Même s’il est pénible de devoir le citer comme une autorité en la matière, Alphonso Gagliano, l’ancien ministre du cabinet libéral tombé en disgrâce, a probablement raison quand il dit que la séparation du Québec est maintenant ‘inévitable’ […].
« Les élections de 2007 au Québec seront très probablement remportées par les séparatistes du Parti québécois, avec à leur tête ce même plaisant Duceppe à la place de l’actuel dirigeant du PQ, le déplaisant Bernard Landry.
« Après quoi un référendum s’ensuivra comme la nuit succède au jour.
« À un degré considérable, nous nous sommes déjà divisés. Toutes les entreprises qui pourraient quitter un Québec séparé l’ont déjà fait.
« Les Anglo-québécois soit sont partis, soit ont accepté d’être une minorité au sein d’une autre nation [ …].
« Le Québec est déjà séparé, sauf que nous n’arrivons pas à l’admettre. »
Le Québec est une nation, avec sa langue et sa culture propres, et une économie politique de plus en plus distincte. Le maintien d’un « Canada uni » artificiel, où une nation domine et opprime l’autre, envenime les animosités et les tensions nationales, y compris dans la classe ouvrière. Au Canada anglais, le patriotisme « pro-Canada » colporté par le NPD et les pontes syndicaux enchaîne les travailleurs aux intérêts de leurs propres exploiteurs. Tandis qu’au Québec, les dirigeants syndicaux traîtres poussent les travailleurs à soutenir leurs capitalistes nationaux, via les formations nationalistes bourgeoises que sont le Bloc et le PQ. La Trotskyist League/Ligue trotskyste préconise l’indépendance du Québec, afin de supprimer cette source de division entre travailleurs, et de faire passer au premier plan la nécessité pour eux de lutter contre les exploiteurs capitalistes de chaque nation, et non les uns contre les autres.
Le chauvinisme anti-québécois, poison pour les travailleurs
La classe capitaliste canadienne, d’origine britannique, a construit son pouvoir et ses immenses richesses sur l’exploitation de travailleurs de nombreuses nationalités et races. Elle est aussi passée maître au jeu de « diviser pour régner », en manipulant adroitement les divisions religieuses, ethniques et nationales à l’intérieur de la classe ouvrière – protestants contre catholiques, Anglais contre Français, Canadiens d’origine contre immigrés, Blancs contre Asiatiques et Noirs.
Mais rien dans ce pays n’empoisonne davantage l’unité de combat des travailleurs que les crises sans fin de l’« unité nationale ». Au Canada anglais, celles-ci s’accompagnent invariablement d’invectives contre le Québec ou « les Français » dans les médias « populaires » de droite – les tabloïdes, les stations de rock, etc. où les travailleurs trouvent leurs informations. Ce même fatras sur le thème « sauver le Canada », plus habilement emballé, est diffusé par les dirigeants du NPD, le soi-disant bras politique du mouvement syndical. Dès lors, il n’est pas surprenant que tant de travailleurs québécois adhérent au dogme nationaliste comme quoi le Canada anglais serait une masse de lourdeaux rétrogrades et ignorants, tous hostiles à leur égard.
L’opposition à l’oppression nationale alimente depuis des décennies les luttes de classe et les luttes sociales au Québec, particulièrement depuis qu’il y a quarante ans le Québec a secoué les chaînes de l’Église catholique et a émergé comme une société moderne avec la « révolution tranquille » des années 1960 et du début des années 70. Ce fut une période de protestations sociales et de luttes ouvrières tumultueuses, avec comme point culminant la grève générale de mai 1972, quand des syndicalistes avaient occupé des stations de radio, des usines et même des villes entières. Loin de leur offrir fût-ce une « solidarité » symbolique, le dirigeant du NPD, David Lewis, avait soutenu l’emprisonnement des dirigeants syndicaux québécois, tandis que le Congrès du travail du Canada profitait de l’occasion pour condamner les droits nationaux du Québec comme « égoïstes ». Confrontés à cette hostilité, les travailleurs québécois se sont de plus en plus tournés vers le nationalisme et le Parti québécois.
Depuis cette époque, la classe dirigeante canadienne est obsédée par comment « stopper le séparatisme ». Depuis 1968, tous les premiers ministres de quelque importance ont été des fédéralistes originaires du Québec, chacun d’eux promettant de « résoudre » la question du Québec – et chacun d’eux a échoué.
La classe dirigeante a d’abord essayé d’enrayer la montée du mécontentement social et national au Québec avec Pierre Trudeau, couronné premier ministre en 1968. Aujourd’hui, au Canada anglais, et particulièrement dans l’Ontario urbanisé, toute une génération de jeunes a grandi en croyant que Trudeau était un réformateur libéral qui a fait du Canada un pays plus juste et plus tolérant. Derrière cette légende, la réalité est très différente. Malgré ses proclamations de « bilinguisme » et de « multiculturalisme », Trudeau est arrivé au pouvoir pour remettre le Québec « à sa place ». En 1970, il a envoyé l’armée à Montréal pour arrêter des centaines de nationalistes de gauche pendant la « crise d’octobre », et pendant les années qui ont suivi il a établi des plans pour une occupation militaire de longue durée, l’« Exercise Neat Pitch » (pour plus de détails, voir « Indépendance pour le Québec ! », le Bolchévik n° 166, décembre 2003). Trudeau et les libéraux ont menacé de ne pas tenir compte d’un éventuel vote populaire en faveur de la souveraineté du Québec ; ils ont intimidé, triché et menti pour s’assurer que les Québécois voteraient non au référendum de 1980.
À la fin des années 1980 et au début des années 1990, la ferveur nationaliste et indépendantiste s’est ranimée au Québec. C’était dans une large mesure une réaction au chauvinisme anglo-canadien, qui s’était déchaîné après la tentative du premier ministre conservateur Brian Mulroney d’amadouer les nationalistes québécois avec un amendement constitutionnel reconnaissant le Québec comme une « société distincte » (l’accord du Lac Meech). Tandis qu’en Ontario la racaille chauvine piétinait le drapeau québécois, et que les bouseux de l’Ouest dénonçaient les « privilèges » accordés aux Français, des dizaines de milliers de Québécois descendaient dans la rue pour réclamer la souveraineté. Le Parti progressiste-conservateur de Mulroney explosa, produisant à la fois, à l’ouest, les excités réactionnaires du Parti réformiste, qui formeront ensuite le noyau du Parti conservateur nouvelle mouture d’aujourd’hui, et les nationalistes du Bloc québécois.
Le monde des affaires canadien fut contraint de se rabattre sur les libéraux en embauchant Jean Chrétien – une sorte de version arriérée de Trudeau – comme dernier espoir de « sauver le Canada ». Comme son mentor, Chrétien a été propulsé au sommet de l’État par une détestation quasi-psychotique des « séparatistes », incluant une opposition inflexible à tout statut spécial pour le Québec. C’est de cette façon qu’il avait initialement pris les rênes du Parti libéral, en dénonçant sont principal adversaire, Paul Martin, pour son soutien au miroir aux alouettes de la « société distincte ».
Pendant la décennie où Chrétien a été au pouvoir, les entreprises canadiennes ont fait d’énormes profits, tandis que les ouvriers et les opprimés encaissaient coup sur coup. Le ministre des finances Martin procédait à des coupes claires dans les programmes sociaux, y compris en dérobant des milliards du compte d’assurance-emploi pour « combattre le déficit » (autrement dit rembourser ses petits copains banquiers). Les immigrés, en particulier arabes et musulmans, ont subi des attaques féroces contre leurs droits. Les protestations sociales, sous le règne de Chrétien et souvent contre lui, se heurtaient à la répression policière, ordinairement suivie d’un commentaire arrogant dans un français ou un anglais affreusement estropié. Pourtant, c’est un scandale autour d’une somme relativement ridicule d’environ 300 millions de dollars de dépenses de publicité qui menace maintenant de faire mordre la poussière à des libéraux apparemment invincibles – parce que ça concerne le Québec.
La classe dirigeante de ce pays était consternée après sa quasi-défaite dans le référendum sur la souveraineté qui s’est tenu à l’initiative du PQ en 1995. Après s’être initialement convaincus avec arrogance que les Québécois ne voteraient jamais oui, Chrétien et sa bande avaient paniqué face aux indications d’une tendance contraire. Comme Trudeau l’avait fait avant eux, ils envoyèrent l’armée procéder à de mystérieuses « manœuvres » sur les autoroutes québécoises, et préparèrent en secret une intervention militaire en cas de victoire du oui. La presque totalité de la flotte de chasseurs CF-18 fut retirée de ses bases au Québec à la veille du vote.
Suivis par les conservateurs et le NPD, les libéraux eurent recours à tous les mauvais coups possibles pour arracher un vote pour le non. L’exemple le plus tristement représentatif fut la mascarade du « love-in » organisé juste avant le référendum, quand des dizaines de milliers de Canadiens anglais sont « spontanément » descendus sur Montréal sous le prétexte écoeurant d’un épanchement d’affection, sur le thème « mon Canada inclut le Québec ». Les ressources pour cet événement de masse, destiné à intimider les Québécois pour les forcer à voter non, avaient été fournies par certaines des plus grandes entreprises canadiennes, qui offrirent des jours de congé, des billets d’avion et de train, des appels téléphoniques à longue distance et une foule d’autres largesses. Tout ceci était bien sûr complètement illégal au regard des lois qui encadraient la campagne pour le référendum au Québec. Dans son témoignage devant la commission d’enquête Gomery, l’ancien organisateur du Parti libéral au Québec Benoît Corbeil reconnaîtra plus tard que sans ses fonds « secrets » malpropres, les fédéralistes auraient perdu le référendum.
Ces tactiques ont à leur tour inspiré le célèbre « plan B » des libéraux, suite à la défaite évitée de justesse au référendum. La « loi sur la clarté » adoptée en 1999 (avec comme de bien entendu le soutien du NPD) a codifié le déni du droit démocratique du Québec à l’autodétermination, en exigeant que pour accéder à l’indépendance la nation minoritaire opprimée devra obtenir l’approbation quasi-inconcevable de l’oppresseur. Les magouilles autour de la campagne des commandites faisaient partie de tout ce schéma.
Pour mesurer à quel point la question nationale québécoise domine la politique bourgeoise canadienne, il suffit de considérer la position du gouvernement Chrétien vis-à-vis de la guerre contre l’Irak de 2003, sous la bannière américaine. Les Québécois étaient dans leur écrasante majorité opposés à une participation canadienne à cette agression brutale – avec des manifestations qui ont réuni dans la province jusqu’à un quart de millions de personnes en plein cœur de l’hiver, le Québec a peut-être été le théâtre des plus grosses manifestations antiguerre du monde, relativement à la population. C’est dans une large mesure parce que l’armée canadienne est perçue au Québec comme un instrument de l’oppression nationale.
Ces manifestations ont fait réfléchir la classe dirigeante canadienne, qui redoutait qu’en soutenant ouvertement les Etats-Unis elle apporterait de l’eau au moulin des nationalistes québécois, dont les frasques de la campagne des commandites de Chrétien avaient déjà aiguisé les appétits. Comme Pierre Dubuc, rédacteur en chef du journal nationaliste de gauche l’aut’journal, le faisait remarquer le 18 mai dans sa « Lettre aux progressistes du Canada anglais : non, ce n’est pas une tempête dans une tasse de café ! » :
« Les mémoires du premier ministre Chrétien nous apprendront sans doute un jour qu’elles ont joué un rôle crucial dans sa décision de ne pas participer à la guerre. M. Chrétien craignait que le gouvernement de Bernard Landry profite de l’occasion pour mettre à l’ordre du jour la question de l’indépendance du Québec. MM. Chrétien et Landry ne pouvaient pas ne pas se rappeler que la première résolution favorable à l’indépendance fut déposée à l’Assemblée nationale du Québec par le député J. N. Francoeur lors de la crise de la conscription en 1917. »
Le nationalisme canadien (et son substrat, le chauvinisme anti-québécois) aveugle les travailleurs du Canada anglais à la réalité : la véritable source de leur exploitation et de leur oppression quotidiennes est la soif de profits sans limites de « leur » classe capitaliste canadienne – ces mêmes gros bonnets qui financent les campagnes des libéraux pour l’« unité nationale ». C’est un crime que la classe ouvrière vibrante et multiraciale du Canada anglais soit entraînée dans ces campagnes, au lieu de diriger sa colère vers le gang de criminels capitalistes qui les volent comme dans un bois. C’est aussi un crime que le chauvinisme des dirigeants syndicaux traîtres du Canada anglais continuent à pousser les travailleurs québécois dans les bras de leurs propres ennemis de classe du Bloc et du PQ. L’indépendance du Québec supprimerait cette source fondamentale de tensions et de divisions dans les rangs de la classe ouvrière.
L’anglo-chauvinisme, le nationalisme québécois et la gauche
Notre approche marxiste de la question nationale est modelée sur celle du Parti bolchévique de V.I. Lénine et Léon Trotsky, qui en 1917 ont dirigé la seule révolution ouvrière victorieuse de l’histoire. Un ingrédient crucial de cette victoire avait été la défense inflexible par les bolchéviks des droits des nationalités opprimées dans l’empire tsariste, en même temps qu’ils cherchaient la meilleure manière d’unir les travailleurs au-delà des divisions nationales. Dans « Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes » (juillet 1916), Lénine expliquait comment, dans le cadre d’un programme révolutionnaire commun, les marxistes des nations oppressives et des nations opprimées sont confrontés à des tâches spécifiques différentes :
« L’éducation internationaliste des ouvriers des pays oppresseurs doit nécessairement consister, en tout premier lieu, à prêcher et à défendre le principe de la liberté de séparation des pays opprimés. Sinon, pas d’internationalisme. Nous avons le droit et le devoir de traiter d’impérialiste et de gredin tout social-démocrate d’une nation oppressive qui ne fait pas cette propagande […].
« Au contraire, le social-démocrate d’une petite nation doit reporter le centre de gravité de son agitation sur le premier mot de notre formule générale : ‘union librement consentie’ des nations. Il peut, sans faillir à ses obligations d’internationaliste, être à la fois pour l’indépendance politique de sa nation, et pour son intégration à un État voisin X, Y, Z, etc. Mais il doit en tout état de cause lutter contre la mentalité étriquée de petite nation, la tendance à s’isoler et à se replier sur soi-même […]. »
Aujourd’hui, au Canada anglais, les révolutionnaires prolétariens doivent combattre sans relâche l’emprise du chauvinisme sur les travailleurs. Au Québec, tout en soutenant l’indépendance et en s’opposant à toutes les manifestations d’oppression nationale, la tâche centrale des révolutionnaires doit être de combattre le nationalisme bourgeois qui domine chez les travailleurs.
Le gros de la gauche pseudo-socialiste du Canada fait exactement l’inverse : au Canada anglais, elle promeut l’« unité canadienne » et/ou les anglo-chauvins du NPD, tandis qu’au Québec elle peint le nationalisme québécois sous des couleurs « progressistes ». Le Parti communiste du Canada est l’exemple le plus clair. Alors que sa direction canadienne anglaise appuie ouvertement le statu quo d’un « Canada uni », son aile québécoise, le PCQ, est une composante clé de l’Union des forces progressistes (UFP), une formation nationaliste de gauche, et vient juste de se déclarer favorable à la souveraineté du Québec. Sans surprise, et pas pour la première fois, ces « communistes » bien mal nommés semblent sur le point de se scissionner officiellement suivant une ligne de fracture nationale. Des groupes comme Socialisme international et la Ligue pour l’action socialiste ne valent guère mieux. Au Canada anglais, ils sont simplement des appendices de gauche du NPD, tandis qu’au Québec ils travaillent à construire l’UFP.
Le kaléidoscope des groupes nationalistes de gauche au Québec – UFP, Option citoyenne, etc. – colportent tous la fable que l’indépendance, par elle-même, inaugurera une société juste et libre au Québec. Dubuc, de l’aut’journal, qui est aussi un porte-parole des SPQ-Libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), parle dans sa « Lettre aux progressistes » de « la nécessité pour le Québec de se doter de son propre projet de société, lequel n’est envisagé que dans le cadre d’un Québec indépendant ». En fait, le mythe d’un Québec indépendant socialement progressiste sous le capitalisme est aussi colporté par le PQ, dont les gouvernements attaquent régulièrement les syndicats, les immigrés et les pauvres.
L’exploitation et l’oppression sont inhérents au capitalisme, et ne peuvent être éliminées qu’en mobilisant la puissance sociale de la classe ouvrière dans une révolution socialiste. Comment en arriver là ? Les éléments les plus radicaux de la gauche québécoise, regroupés autour des anarchistes et des maoïstes, dénoncent les illusions nationalistes de l’UFP, de SPQ-Libre et consorts, mais c’est pour mieux « rejeter » carrément l’indépendance comme « facteur de division », comme si le statu quo fédéraliste ne l’était pas. Cela ne peut mener nulle part. Pour briser l’emprise du nationalisme bourgeois sur la classe ouvrière québécoise, et lui faire prendre conscience de sa tâche historique, qui est d’entraîner derrière elle les opprimés dans la lutte anticapitaliste, les révolutionnaires doivent reconnaître le poids de la question nationale et préconiser l’indépendance, afin de la retirer de l’ordre du jour politique. Ceci doit s’accompagner d’une opposition à la politique pro-PQ des pontes syndicaux québécois, qui ont trahi tant de luttes sur l’autel de la « solidarité nationale » et de la « concertation » avec les gouvernements et les patrons québécois.
Au Canada anglais, il faut mener un combat pour arracher les travailleurs à l’emprise des sociaux-démocrates du NPD qui veulent « sauver notre Canada » et colportent le mensonge que le travail et le capital ont des intérêts communs. Pour cela, il est essentiel de s’opposer avec intransigeance à l’anglo-chauvinisme de la classe dirigeante. C’est seulement en montrant en pratique qu’ils sont fidèles à leurs principes, en s’opposant à la classe dirigeante canadienne et en défendant les opprimés, que les révolutionnaires prolétariens du Canada anglais démontreront aux travailleurs québécois la nécessité de l’unité de classe contre le capitalisme.
C’est ça la démocratie capitaliste
En réaction à la commission Gomery, les commentateurs bourgeois du monde politique et des médias nous expliquent comment ils sont « choqués, choqués, choqués » par la corruption apparemment sans limites du « parti de gouvernement naturel » du Canada. Ce qui est choquant, c’est que ces bouffons ne soient pas étouffés par leur propre hypocrisie. Quiconque a jamais vu de près un homme d’affaires ou un politicien à succès connaît la règle d’or : manger ou être mangé. Dans ce contexte, les soucis « éthiques » sont l’hommage du vice à la vertu.
Utilisant le savoir-faire bien rôdé de leurs spécialistes en « marketing » et en « relations publiques », les capitalistes et leurs porte-parole politiques déblatèrent sur la « démocratie » et la « justice » pour mieux dissimuler les crimes quotidiens de leur système – l’exploitation, l’oppression des femmes et des minorités, la pauvreté, la violence, etc. Même le plus « démocratique » des États bourgeois est un appareil de répression des travailleurs et des opprimés. Ses différentes institutions – flics, juges, prisons, armée – ne sont pas des arbitres « neutres », mais les hommes de main stipendiés de la classe capitaliste. En plein milieu des révélations de la commission Gomery, le Juge en chef du Québec Michel Robert a laissé échappé le secret de Polichinelle que des « séparatistes » ne peuvent en aucun cas être nommés juges, provoquant au Québec des réactions d’indignation. Quant aux élections législatives, les liasses de billets de cent dollars qui ont aidé à graissé des pattes pour le compte des candidats libéraux au Québec sont simplement des symboles d’un système vénal, où à intervalles réguliers de quelques années les travailleurs sont amenés à « choisir » quel gang de voleurs va les opprimer et les exploiter.
Comme l’expliquait Lénine en 1918 :
« Mille barrières s’opposent à la participation des masses travailleuses au parlement bourgeois (lequel, dans une démocratie bourgeoise, ne résout jamais les questions majeures ; celles-ci sont tranchées par la Bourse, par les banques). Et les ouvriers savent et sentent, voient et saisissent à merveille que le parlement bourgeois est pour eux un organisme étranger, un instrument d’oppression des prolétaires par la bourgeoisie, l’organisme d’une classe hostile, d’une minorité d’exploiteurs. »
—La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky
Le vrai scandale, c’est le capitalisme, un système corrompu et pourri du haut jusqu’en bas. De John A. Macdonald à Brian Mulroney et Jean Chrétien, de Maurice Duplessis à Mike Harris, tous les gouvernements canadiens – fédéraux et provinciaux, libéraux et conservateurs, NPD et PQ – ont défendu le pouvoir brutal du capital, habituellement avec une généreuse dose de patronage. Et ce n’est pas l’apanage du Canada. Aux États-Unis, qui se présentent comme un modèle démocratique pour le « monde libre », l’argent, les trafics d’influence et le pouvoir ont toujours été étroitement imbriqués, comme c’est magistralement décrit dans beaucoup des romans de Gore Vidal.
À chaque occasion, les dirigeants traîtres du mouvement syndical s’emploient à enchaîner les travailleurs aux intérêts de « leurs » capitalistes nationaux, contre les intérêts plus larges de l’ensemble des travailleurs. En même temps, le statut de nation opprimée piégée dans un Canada « uni » qui est celui du Québec ne fait qu’exacerber au sein de la classe ouvrière la méfiance et les divisions attisées par les capitalistes et leurs larbins syndicaux. L’indépendance du Québec ne sera pas la panacée : elle ne mettra pas un terme aux oppressions multiformes exercées chaque jour par les pouvoirs capitalistes de Washington et de Wall Street, d’Ottawa et de Bay Street, de Québec et de la rue St-Jacques. Mais elle supprimera un obstacle qui empêche les travailleurs de prendre conscience de leurs intérêts de classe propres, et facilitera de ce fait leurs luttes. La classe ouvrière de ce pays a désespérément besoin d’un parti ouvrier, afin de diriger le combat pour la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/suppl/quebec_corrupt.html
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La « mort du communisme » et l’état idéologique du monde postsoviétique - notes critiques (Part 2) (Mars 2010)

https://archive.is/RfxcK
Sur la fin et les moyens : un rappel historique
Dans le chapitre V de l’Etat et la révolution, dans la section sur « La phase supérieure de la société communiste », Lénine écrivait :
« Du point de vue bourgeois, il est aisé de traiter un semblable régime social de “pure utopie”, et de railler les socialistes qui promettent à chaque citoyen le droit de recevoir de la société, sans aucun contrôle de son travail, autant qu’il voudra de truffes, d’automobiles, de pianos, etc. C’est à des railleries de cette nature que se bornent aujourd’hui encore la plupart des “savants” bourgeois, qui révèlent ainsi leur ignorance et leur mentalité de défenseurs intéressés du capitalisme. »
Par le terme « savants bourgeois », Lénine désignait les intellectuels qui de leur propre aveu soutenaient le système économique capitaliste et lui trouvaient des justifications. Il ne rangeait pas dans cette catégorie les porte-parole idéologiques de la Deuxième Internationale (socialiste) comme Karl Kautsky, qui se considérait comme un marxiste orthodoxe.
Une question différente est de savoir si en 1917-1918 les dirigeants de la droite des partis sociaux-démocrates de masse (comme Friedrich Ebert en Allemagne, Albert Thomas en France, Emile Vandervelde en Belgique) croyaient ou non subjectivement à une société socialiste future. Il est très probable que non. Mais ils n’ont pas non plus répudié publiquement le but traditionnel du mouvement socialiste en le qualifiant de projet utopique.
Au début de la Révolution allemande de novembre 1918, le Parti social-démocrate indépendant, une organisation centriste, présenta une série de conditions (revendications) pour un gouvernement de coalition avec le Parti social-démocrate (SPD), sur la base des conseils d’ouvriers et de soldats qui existaient alors. La première était : « L’Allemagne doit être une république socialiste. » Ce à quoi la direction du SPD répondit : « Cette revendication est le but de notre propre politique. Cependant, le peuple doit en décider à travers l’Assemblée constituante » (cité dans The German Revolution and the Debate on Soviet Power : Documents, 1918-1919 : Preparing the Founding Congress [La Révolution allemande et le débat sur le pouvoir soviétique : Documents, 1918-1919 : En préparation du Congrès de fondation], textes rassemblés par John Riddell, 1986). Quand ils s’attaquaient à la Révolution bolchévique et à l’Internationale communiste naissante, les dirigeants sociaux-démocrates condamnaient principalement la dictature du prolétariat comme une violation de la démocratie, qu’ils assimilaient à un type de gouvernement parlementaire élu au suffrage universel.
Il est ici utile de jeter un œil sur Moscou sous Lénine, un recueil de souvenirs écrit à la fin des années 1940 et au début des années 1950 par Alfred Rosmer, collègue et ami de Trotsky. Rosmer avait été anarchiste puis intellectuel syndicaliste révolutionnaire en France, avant d’adhérer à l’Internationale communiste nouvellement créée. Dans ce livre, Rosmer raconte la réaction initiale des sociaux-démocrates « orthodoxes » comme Kautsky et Jean Longuet et des anarchistes à l’Etat et la révolution de Lénine :
« C’était un livre extraordinaire et son destin était singulier : Lénine, marxiste et social-démocrate, était honni par les théoriciens des partis socialistes qui se réclamaient du marxisme : “Ce n’est pas du marxisme !” s’écriaient-ils, c’est un mélange d’anarchisme, de blanquisme - du “blanquisme à la sauce tartare”, écrivait l’un d’eux pour faire un mot d’esprit. Par contre, ce blanquisme et sa sauce étaient pour les révolutionnaires situés hors du marxisme orthodoxe, syndicalistes et anarchistes, une agréable révélation. Jamais pareil langage ne sortait de la bouche des marxistes qu’ils connaissaient. »
Louis-Auguste Blanqui (1805-1881) fut le dernier représentant majeur de la tradition communiste jacobine née avec la Conspiration des Egaux de Babeuf, à la fin de la Révolution française. La conception babouviste du communisme (développée dans une société pré-industrielle) était plutôt un communisme de distribution et de consommation que de production, pour mettre fin à la pénurie économique. Pourtant, en traitant Lénine de « blanquiste », Kautsky, Longuet et autres ne faisaient pas référence à cet aspect de la vision communiste jacobine. Quand ils parlaient du « blanquisme » de Lénine, ils voulaient dire le renversement de l’Etat capitaliste par une insurrection organisée et dirigée par un parti d’avant-garde révolutionnaire.
Comme le faisait remarquer Rosmer, l’Etat et la révolution fut bien accueilli par beaucoup d’anarchistes et de syndicalistes, dont certains pensaient que Lénine s’éloignait du marxisme pour se rapprocher de leur propre camp politique. Toutefois, certains anarchistes plus au fait en matière de doctrine comprenaient que si Lénine était d’accord avec eux sur la nécessité d’une insurrection pour renverser l’Etat bourgeois, il continuait de défendre, en le soulignant même, le programme marxiste de dictature du prolétariat en tant que transition vers une société pleinement communiste. A cet égard, Rosmer cite Erich Mühsam, anarchiste allemand emprisonné, qui écrivait en 1919 :
« Les thèses théoriques et pratiques de Lénine sur l’accomplissement de la révolution et des tâches communistes du prolétariat ont donné à notre action une nouvelle base […]. Plus d’obstacles insurmontables à une unification du prolétariat révolutionnaire tout entier. Les anarchistes communistes ont dû, il est vrai, céder sur le point le plus important de désaccord entre les deux grandes tendances du socialisme ; ils ont dû renoncer à l’attitude négative de Bakounine devant la dictature du prolétariat et se rendre sur ce point à l’opinion de Marx. »
Pour Mühsam, le « désaccord » entre Bakounine et Marx par rapport à la dictature du prolétariat concernait les moyens de parvenir au but commun : une société sans classe, égalitaire et sans Etat.
Nous savons tous que dans une polémique politique les idées et positions contre lesquelles personne n’argumente sont à leur manière aussi importantes que celles contre lesquelles on argumente. On n’argumente pas contre des positions que son adversaire ne défend pas, en particulier lorsqu’il y a un terrain d’entente. Par exemple, quand nous polémiquons contre les libéraux petits-bourgeois noirs et les militants de gauche aux Etats-Unis, nous ne cherchons pas à réfuter l’idée fausse avancée par certains racistes de droite que les Noirs sont « inférieurs » aux Blancs. En 1918-1920, Lénine et Trotsky écrivirent chacun une longue polémique contre Kautsky. Nulle part dans la Révolution prolétarienne et le Renégat Kautsky ou dans Terrorisme et communisme ils n’argumentent contre la position qu’une société communiste au sens marxiste est utopique, car Kautsky ne défendait pas cette position.
Avançons jusqu’à la fin des années 1930, lorsque le mouvement communiste international avait été complètement stalinisé. Intéressons-nous au jeune Maxime Rodinson, intellectuel juif français qui plus tard allait devenir un universitaire de gauche écrivant sur le Proche-Orient et la société islamique. Dans un essai de 1981, « Autocritique », il se rappelait ainsi l’état d’esprit qui l’avait poussé à rejoindre le Parti communiste français en 1937 (il allait le quitter en 1958) :
« Il y eut, il y a encore, dans l’adhésion au communisme, un engagement à une lutte qui devrait permettre à l’humanité d’accomplir un saut essentiel et éminemment bénéfique : en terminer avec un ordre qui produit en permanence la misère et le crime, qui asservit et condamne à une vie atroce ou à la mort sans phrases des millions de gens chaque jour dans le monde. Il s’agit de créer une humanité libérée où chacun pourra s’épanouir dans le plein développement de ses meilleures virtualités, où le faisceau des libres volontés déterminera l’administration des choses et le minimum de règles indispensables pour harmoniser les relations des êtres humains. »
– Peuple juif ou problème juif ? (1981)
En tant qu’intellectuel, Rodinson pouvait expliquer les objectifs libérateurs du marxisme mieux que les millions de jeunes ouvriers qui ont adhéré aux partis communistes de France, d’Italie, d’Inde, du Vietnam et d’ailleurs pendant l’époque stalinienne. Néanmoins, beaucoup de ces travailleurs – et certainement pas tous – étaient aussi motivés par une vision future de libération sociale dans tous les domaines. Ils ne considéraient pas seulement les partis communistes comme des instruments politiques pour défendre et favoriser leurs intérêts économiques et autres (par exemple nationaux) à l’intérieur du système capitaliste-impérialiste existant.
En général, les ouvriers avancés et les intellectuels de gauche qui soutenaient les partis sociaux-démocrates de masse ne partageaient pas la conception marxiste d’une société authentiquement communiste. Mais ils aspiraient aussi à une société radicalement différente et meilleure que celle qu’ils connaissaient. En 1961, Ralph Miliband, un intellectuel britannique social-démocrate de gauche, publia un livre sévèrement critique du Parti travailliste intitulé Parliamentary Socialism: a Study of the Politics of Labour [Le socialisme parlementaire : Etude sur la politique travailliste]. Le livre parut juste après que les dirigeants de l’aile droite eurent essayé, sans succès, de supprimer la Clause IV des statuts travaillistes de 1918. La Clause IV était généralement considérée comme le programme maximum du travaillisme : « D’assurer aux travailleurs manuels et intellectuels le fruit intégral de leur industrie et la distribution la plus équitable possible de celle-ci, sur la base de la propriété commune des moyens de production, de distribution et d’échange. » Décrivant la bataille autour de la Clause IV en 1959-1960, Miliband écrivait : « Face à la résistance violente [de la base ouvrière du parti] qu’elle rencontra, la proposition dut être abandonnée. » Dans les années 1980, personne n’aurait plus utilisé l’expression « socialisme parlementaire » pour résumer le programme ou même la doctrine officielle du Parti travailliste britannique. Et en 1995, la Clause IV fut supprimée du programme officiel du parti lors d’une conférence spéciale, malgré l’opposition de certains des plus gros syndicats.
Du début au milieu des années 1960, il y eut une radicalisation à gauche parmi la jeunesse, les étudiants et certains intellectuels plus âgés aux Etats-Unis. L’une des expressions institutionnelles de cela était la Conférence annuelle des universitaires socialistes à New York. En 1966, les organisateurs de cette conférence invitèrent l’historien marxiste Isaac Deutscher pour qu’il y fasse une présentation sur « l’homme socialiste ». A cette époque, le caractère culturel et psychologique d’une société vraiment socialiste, et comment les gens penseraient et se conduiraient, était une question qui intéressait beaucoup les jeunes intellectuels de gauche, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde entier. Par exemple, au début des années 1960, Che Guevara écrivait sur la possibilité d’éliminer le travail aliéné dans une Cuba « socialiste ». Pour une analyse rétrospective des conceptions de Guevara sur cette question, voir « Le stalinisme et l’“égalitarisme radical” : une analyse posthume », Spartacist [édition anglaise] n° 25 (été 1978). Dans sa présentation « de l’homme socialiste », Deutscher abordait de nombreuses questions auxquelles ne pense pas du tout la génération postsoviétique de militants de gauche.
Encore sur Huntington contre Fukuyama
Au début, mes réflexions sur la « mort du communisme » et la situation idéologique du monde postsoviétique se sont surtout développées lors de discussions informelles avec Norden entre 1991 et 1996, lorsqu’il a quitté notre organisation. Comme je l’ai noté plus tôt, Norden pensait que la « mort du communisme » était principalement une expression du triomphalisme impérialiste américain. Et donc il a souvent associé ce terme à la formule du « nouvel ordre mondial » que George Bush avait proclamé à l’époque de la guerre du Golfe de 1991 contre l’Irak. Norden croyait que si la majorité de la direction de notre tendance reconnaissait que le caractère de la période postsoviétique était marqué par une régression historique du niveau de conscience politique de la classe ouvrière au niveau mondial, c’était une capitulation devant les pressions du triomphalisme impérialiste américain.
Dans sa façon d’aborder cette question, Norden était influencé par les positions d’un intellectuel de droite (alors néoconservateur) américain, Francis Fukuyama, qui déclara que l’effondrement du bloc soviétique marquait la « fin de l’histoire ». Une version ultra-simplifiée de la thèse de Fukuyama sur la « fin de l’histoire » s’est largement répandue dans ce que l’on peut appeler le public américain instruit, le genre de personnes qui s’abonnent à la New York Review of Books et lisent à l’occasion Foreign Affairs. Je ne sais pas si Norden a vraiment lu Fukuyama. Je l’ai fait, et j’ai aussi lu ceux des idéologues bourgeois américains de centre-droit, dont Samuel P. Huntington et Zbigniew Brzezinski, qui étaient fortement en désaccord avec Fukuyama et sa vision idyllique du monde postsoviétique. Je reviens sur ce débat parce qu’il est utile pour comprendre le rapport entre la « mort du communisme » et les différents courants de l’idéologie bourgeoise postsoviétique, particulièrement (mais pas seulement) dans les pays capitalistes occidentaux.
Fukuyama a repris l’expression et le concept de « fin de l’histoire » du philosophe allemand Georg Hegel. Hegel avait utilisé cette expression pour décrire les conséquences historiques mondiales de la bataille d’Iéna, en 1806, lors de laquelle l’armée de la France napoléonienne avait vaincu le royaume de Prusse. Par la suite les Français occupèrent et gouvernèrent l’ouest et le sud de l’Allemagne. Hegel faisait partie des quelques intellectuels allemands en vue qui soutenaient et collaboraient avec le régime de Napoléon, qu’il considérait comme historiquement progressiste.
Le concept hégélien de la « fin de l’histoire » avait une composante négative et une composante positive. La composante négative était que l’idéologie dominante dans l’Europe féodale en déclin – la monarchie absolue sanctifiée et soutenue par les Eglises chrétiennes – avait perdu sa capacité à façonner le cours futur de l’histoire. La composante positive était que les principes libérateurs de la Révolution française tels que Hegel les concevait (représentés pour lui par Napoléon) étaient devenus hégémoniques dans le domaine des idées, et qu’à la longue un nouvel ordre socio-politique serait établi dans toute l’Europe, en conformité avec le nouveau zeitgeist (esprit du temps).
De la même manière, la version de Fukuyama de la « fin de l’histoire » avait des composantes négative et positive. La composante négative était, bien sûr, la « mort du communisme » :
« Même si le pouvoir communiste persiste dans le monde, il a cessé de refléter une idée dynamique et attirante. Ceux qui s’appellent encore “communistes” eux-mêmes se trouvent maintenant mener des combats d’arrière-garde pour conserver quelque chose de leur ancien pouvoir et leurs anciennes positions. Les communistes se retrouvent à présent dans la situation peu agréable d’avoir à défendre un ordre social vieilli et réactionnaire, depuis longtemps dépassé, comme ces monarchistes arriérés qui ont réussi à survivre au XXe siècle. »
– la Fin de l’histoire et le dernier homme (1992)
Fukuyama exprimait ici un argument commun à toutes les idéologies bourgeoises postsoviétiques.
Ce sont les conclusions positives qu’il avait tirées de l’effondrement du bloc de l’Est qui étaient l’axe central de sa thèse sur la « fin de l’histoire ». Il soutenait que les valeurs socioculturelles et les institutions politiques et économiques correspondantes du monde capitaliste occidental pouvaient l’emporter à l’échelle mondiale :
« C’est dans le cadre de ce décor que le caractère mondial de la révolution libérale actuelle prend une importance significative. Cela constitue en effet un témoignage supplémentaire qu’un processus fondamental est à l’œuvre, qui impose un schéma d’évolution commun à toutes les sociétés humaines, en bref, quelque chose comme une Histoire universelle de l’humanité dans le sens de la démocratie libérale. […] « Si nous en sommes à présent au point de ne pouvoir imaginer un monde substantiellement différent du nôtre, dans lequel aucun indice ne nous montre la possibilité d’une amélioration fondamentale ne notre ordre courant, alors il nous faut prendre en considération la possibilité que l’Histoire elle-même puisse être à sa fin » (souligné dans l’original).
L’idée de Fukuyama d’une « révolution libérale » universellement triomphante a été violemment critiquée par certains intellectuels en vue, porte-parole de l’impérialisme américain. Son principal adversaire était Samuel P. Huntington, qui opposait à la « fin de l’histoire » de Fukuyama sa propre thèse sur le « choc des civilisations ». Se référant spécifiquement à Fukuyama, il fit ce commentaire méprisant : « L’euphorie qui a suivi la fin de la guerre froide a engendré l’illusion d’une “harmonie” » (le Choc des civilisations, 1996). Il est certain que Huntington était d’accord avec Fukuyama qu’il n’y aurait plus jamais d’Etats puissants ou d’organisation politique internationale ayant un soutien de masse et prétendant représenter une alternative universelle, comme le communisme, au capitalisme de type occidental et à la « démocratie ». Mais il soutenait que beaucoup de pays dans le monde – en particulier la Russie, l’Orient islamique et la Chine – seraient dominés par des gouvernements anti-occidentaux et par des mouvements politiques basés sur des valeurs et traditions nationales et religio-culturelles :
« Dans ce monde nouveau les conflits les plus étendus, les plus importants et les plus dangereux n’auront pas lieu entre classes sociales, entre riches et pauvres, entre groupes définis selon des critères économiques, mais entre peuples appartenant à différentes entités culturelles. […] « L’Occident est et restera des années encore à venir la civilisation la plus puissante. Cependant, sa puissance relative par rapport aux autres civilisations décline. Tandis qu’il essaie de réaffirmer ses valeurs et de défendre ses intérêts, les sociétés non occidentales sont confrontées à un choix. Certaines tentent d’imiter l’Occident. D’autres, confucéennes ou musulmanes, s’efforcent d’étendre leur puissance militaire et économique pour résister à l’Occident et trouver un équilibre avec lui. L’axe central de la politique mondiale d’après la guerre froide est ainsi l’interaction entre, d’une part, la puissance et la culture de l’Occident, et, d’autre part, la puissance et la culture des civilisations non occidentales. »
Le débat Huntington/Fukuyama souligne que nous devons faire la différence entre la croyance en la « mort du communisme », omniprésente et encore actuelle, et le triomphalisme limité et de courte durée de l’impérialisme américain juste après la chute de l’Union soviétique.
En guise de brève conclusion
La question très importante à laquelle nous sommes confrontés peut être formulée de la manière suivante : est-il possible qu’un soulèvement spontané contre un gouvernement de droite, impliquant une partie substantielle de la classe ouvrière, puisse mener à une situation pré-révolutionnaire et même révolutionnaire (c’est-à-dire avec des organes de double pouvoir), alors que la majorité des ouvriers et autres travailleurs n’aspirent pas au socialisme ? Je pense que la réponse est oui. Si nous n’avons pas fait l’expérience d’un tel phénomène, nous ne devons pas l’exclure. Pour l’instant, notre tâche première est de propager la vision marxiste du monde, avec l’objectif de recruter un nombre relativement petit d’intellectuels de gauche et d’ouvriers avancés. Pour paraphraser John Maynard Keynes : quand les faits changeront, nos perspectives changeront aussi.
– Traduit de Workers Vanguard n° 949, 1er janvier
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/191/postsovietique.html
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